Ces jours-ci, je me sens cerné par un groupe de religieux qui « constatent » mon éloignement de la vérité et l’erreur que je propage dans mon action pastorale par le sens de la liberté et de la tolérance que je défends. Ceux-ci refusent toute forme de proximité avec les autres chrétiens et encore moins avec les croyants d’autres religions. Peux eux, les ouvertures des papes récents et du dernier concile à reconnaître les semences de vérité dans les autre religions sont une véritable hérésie. La seule chose qui compte, c’est de préserver intacte la Vérité telle qu’elle aurait été immuablement transmise par tous les papes légitimes qui ont succédé à Pierre, jusqu’à Pie XII inclusivement.
Liberté! Parlons-en de liberté. Paul sait de quoi il en retourne. Juif, accomplissant toutes les prescriptions de la Loi, il ne pouvait en aucun moment douter qu’il puisse être en dehors de la Vérité. Combattre la secte chrétienne était pour lui la seule chose à faire, car il croyait fermement que ses adeptes corrompaient la vraie religion et, par conséquent, se faisaient les suppôts de l’Adversaire. C’est pourtant Paul qui, dans le verset choisi, se met à faire la leçon à Pierre pour son incohérence face à son statut d’homme libre! Ayant peur de se faire juger par ses pairs, anciens juifs comme lui, mais demeurant liés aux pratiques rituelles, Pierre n’osait pas se montrer en vérité devant eux, c’est-à-dire comme celui qui a relativisé l’ensemble de ces pratiques liées à la Loi. Pierre avait pourtant bien compris que c’est la foi seule qui sauve! S’il a pu se faire ainsi remettre à sa place, je veux bien qu’on me corrige également, mais sur la base de la foi chrétienne authentique et non pas du haut d’une Vérité suprême et immuable qui supprimerait toute forme de liberté réelle, qui ridiculiserait tout effort louable de contextualisation et qui réduirait la conscience individuelle à une obéissance aveugle à la Loi, au mépris de la raison.
L’expérience de foi de Paul a été le passage d’une obéissance à la Loi qu’il croyait devoir le rendre juste devant le Seigneur, à une confiance assurée en un être d’exception, à la fois fils d’humain, ressuscité par Dieu et accrédité par lui comme étant la Vérité, la Voie et la Vie. C’est sur cette relation toute personnelle dont il a fait l’expérience que Paul engage sa vie et sa liberté : une rencontre qui l’a rivé au sol et rendu aveugle lorsqu’il a compris que les paroles et les actions violentes qu’il proférait contre les humains, ses frères, s’avéraient portées contre le Christ lui-même.