En tombant sur ce passage qui est lu le 30 décembre partout dans « le monde », je me suis dit que je m’attaquais à un gros morceau! « N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. » Quel drôle de message! Mais cette expression « le monde » trouve une importance et une signification toutes spéciales dans les écrits attribués à l’évangéliste Jean. Qu’entend-il par là?
Être du monde est l’apanage de tout être humain. Il naît dans le monde, il vit dans le monde et il y meurt aussi. Mais ce monde, créé par Dieu, ne correspond généralement pas au projet qu’il caresse pour lui de toute éternité. Certaines religions, et même le christianisme, peuvent nourrir la tentation de la haine du monde hors des murs qu’elles sont plus ou moins tentées d'édifier pour se protéger du monde. Cela ne peut pas être le sens donné par l’évangéliste. Car toutes les religions sont bien « de ce monde » et, à moins d’être clairement alignées sur « la volonté de Dieu », elles sont loin d’être à l’abri, elles aussi, de la convoitise de la chair et des yeux de même que de l’arrogance de la richesse.
Le réel problème du monde est de ne pas savoir reconnaître Dieu (cf. Jean 1,10). Le mal dans le monde est le résultat de cette incapacité à voir et à reconnaître l’Amour de Dieu. Pour le guérir de sa cécité et de son inaptitude, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3, 16). C’est ainsi que nous pouvons comprendre l’Incarnation : Dieu vivant, non pas demeuré hors du temps ni hors du monde, mais venu en ce monde pour montrer le visage unique de Dieu comme Père dont l’amour ne connaît aucune limite.
Dès lors qu’il est apparu dans le monde, Dieu montre que celui-ci n’est pas à « haïr », mais à aimerau point où l’on veuille partager avec lui le cadeau suprême qui est lumière, chemin, vérité et vie et qui vient de Dieu. En aimant le monde à la manière de Dieu, on se met à vivre à la manière de Jésus qui en a montré le visage et qui a traduit dans sa vie ce que c’est que d’aimer jusqu’au bout. Notre amour du monde s’incarne dans nos attitudes et nos actions en faveur des autres, en particulier des plus petits, des exclus, des sans-voix. Mais le monde et ses convoitises n’est jamais bien loin… Cette part en nous – le mal – qui voudrait nous éloigner de Dieu et de nos frères et sœurs en humanité, est à haïr (et surtout à rejeter). Cela nous donne bien du travail sur nous-mêmes avant de pouvoir juger les autres! Car Jésus n’est pas venu juger le monde, mais le sauver... de lui-même!