Un prophète est-il d’abord un futurologue ou bien un visionnaire du présent? Si on se fie à l’auteur de ce passage attribué au premier pape, on peut saisir qu’il leur en mettait pas mal sur le dos! En effet, sur la question du salut apporté par Jésus-Christ, les prophètes du Premier Testament auraient reçu la révélation par avance de la venue du Fils de Dieu et de ses souffrances pour sauver les humains du péché!
Cela me fait penser à certains romanciers visionnaires, comme George Orwell avec son roman 1984, ou encore Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley; ou encore à d’éminents intellectuels comme Marshall Mcluhan avec sa théorie des médias ou Alvin Toffler et son best-seller Le choc du futur; ou même la Vierge de Fatima ou Nostradamus et leurs annonces de tragédies planétaires! En réalité, quiconque se lance dans un effort pour lire le présent en vue d’en dégager les lignes du futur peut s’avérer relativement crédible lorsqu’à une époque postérieure certains « exégètes » se mettent à relire leurs écrits en les comparant aux signes qu’ils trouvent dans « leur » présent.
C’est ce mouvement de relecture que réalise l’Église dans ses débuts. Pour se raccrocher aux Écritures des Juifs dont elle est issue, les principaux responsables fouillent dans la littérature prophétique avec ses Moïse, Isaïe, Jérémie, Amos et bien d’autres en plus des Psaumes afin d’identifier les traces probables de liens avec la personne de Jésus-Christ. Cette conviction repose sur le fait que si Dieu avait un plan dès les origines, il en aurait révélé les signes à ses serviteurs privilégiés. Pierre affirme l’existence de ce fil rouge qui conduit ultimement au salut, c’est-à-dire à la libération apportée par Dieu en son Fils Jésus. Si la démarche interprétative est intéressante en soi, elle ne peut en rien susciter l’adhésion de tous, pas plus que les « visions » des Nostradamus, Huxley et autres. Rien ne prouve qu’ils ont eu ou « reçu » une claire vision de l’état du monde actuel en leur époque.
Mais il est vrai qu’une telle relecture des « interrogations et des recherches » des prophètes peut aussi nous conduire à croire que Jésus est la réponse définitive de Dieu aux grandes questions de l’humanité. C’est la foi de l’Église. C’est aussi la mienne.