Comme les saisons, chaque année reviennent les temps et fêtes liturgiques. J’ai toujours eu de la difficulté avec ces temps forts obligés, car il m’arrive d’être plus touché par la Passion en plein novembre que durant la Semaine sainte, ou bouleversé par l’Incarnation et la Nativité au cœur de l’été plutôt que pendant l’avent.
Chaque année, la même histoire, les mêmes textes bibliques qu’on connaît presque par cœur, les mêmes gestes, les mêmes rites, parfois les mêmes chants... Se peut-il qu’à force de répétition, ce qui devrait être un temps fort perde de sa saveur, qu’on ne ressente plus ce qu’on est censé ressentir à ce moment-ci de l’année ?
Une sage religieuse, dans un monastère montréalais où je suis allé en retraite à quelques reprises, m’a dit une fois : « Si tu ne sens rien, ce n’est pas important. Continue ta pratique. L’important n’est pas de sentir quelque chose. Certains saints ont été dans les ténèbres toute leur vie. L’important, c’est de continuer. »
Alors, même si certaines années je n’ai ni l’humeur, ni le cœur, ni la tête à ça, même si je me sens « éteint », j’assiste aux célébrations de la Semaine sainte et m’efforce tant bien que mal de revivre ces événements de la vie du Christ Jésus et de réfléchir au sens que je peux y trouver pour ma propre vie et pour le monde. Et je finis alors, toujours, immanquablement, par retrouver l’intuition qu’ont eue les premiers chrétiens, dès les premiers siècles de notre ère, de nous faire revivre en un an, chaque année, l’histoire de notre salut en revisitant les épisodes majeurs de la vie terrestre de notre Seigneur et Sauveur. On ne peut saisir le sens et l’importance de la Résurrection sans d’abord se remémorer la Passion et la mort qui l’ont précédée. C’est par contraste avec la profondeur des ténèbres que l’on peut apprécier la Lumière qui triomphe d’elles en définitive. Le plus grand geste de Dieu dans l’histoire humaine, l’irruption d’un temps nouveau dans notre dimension.
Bonne montée vers Pâques !