Alors que les apôtres comparaissent devant le Sanhédrin, ils se font reprocher par le grand prêtre lui-même leur désobéissance à l’injonction de ne plus enseigner le nom de Jésus (Ac 5.28). Pierre répond : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (5.29) ». À première vue, on pourrait croire que les apôtres se révoltent, se rebellent ou sont insoumis aux autorités religieuses. Le problème réside dans l’impossibilité d’obéir à deux ordres contradictoires : Jésus les avait faits témoins de la résurrection au début des Actes alors que les chefs religieux leur demandent de ne plus rendre témoignage au nom de Jésus. La mission confiée en Ac 1.8 est prioritaire, voire identitaire. Les apôtres sont en effet caractérisés comme témoins de la résurrection et s’ils se taisent, ils ne sont plus ce qu’ils sont censés être. Il est donc impératif pour eux d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Mais qu’en est-il aujourd’hui? Trop de chrétiens sont tentés d’utiliser cette excuse pour ne pas obéir aux différentes contraintes de la société présente. Mais pour prendre à son compte la déclaration de l’apôtre Pierre, il faut que la même nécessité soit opérante, à savoir, une question d’identité. La désobéissance civile ne peut être évoquée que si la nature propre au chrétien est remise en cause. En d’autres termes, suis-je toujours un chrétien en obéissant à ceci ou cela?
Mais revenons aux Actes où les apôtres insistent sur leur mission : « Nous sommes témoins de ces choses, nous et l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent (5.32). » Aujourd’hui encore, vous et moi sommes appelés à être témoins de la résurrection du Christ, et à prendre au sérieux cette mission. Notons aussi que ce verset insiste sur l’obéissance. Pierre avait déclaré qu’il préférait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes et que l’Esprit Saint est donné par Dieu à ceux qui lui obéissent. Bref, le sou entendu est flagrant! Pierre subtilement questionne les chefs religieux au sujet de leur obéissance, eux qui n’ont vraisemblablement pas reçu l’Esprit comme les apôtres à la Pentecôte. De plus, au-delà des protagonistes du récit, le narrateur questionne son lecteur pour lui demander de s’identifier à l’un des deux groupes suivants : ceux qui obéissent à Dieu et qui ont reçu l’Esprit comme sceau et puissance pour être témoins, et ceux qui non seulement n’obéissent pas à Dieu, mais qui, de surcroît, essayent de décourager ceux qui prennent à cœur leur mission.
Le texte des Actes ne doit pas seulement être reçu comme l’histoire de l’Église, mais aussi comme une exhortation théologique écrite pour le lecteur Théophile, mais aussi pour tous ceux qui aiment Dieu (Théophile veut dire en grec : celui qui aime Dieu). Le narrateur encourage donc son lecteur antique (et moderne) à pouvoir lui aussi s’identifier comme témoin des événements pascaux : « Le Dieu de nos pères a ressuscité ce Jésus que vous, vous aviez fait mourir en le suspendant au gibet. C’est lui que Dieu a exalté par sa droite, le faisant Chef et Sauveur, afin d’accorder par lui à Israël la repentance et la rémission des péchés (5.30-31). »