Élie et la veuve de Sarepta. Bernardo Strozzi, 1630.
Huile sur toile, 106 x 138 cm. Musée des Beaux-Arts, Vienne (Wikipédia).

Quelques homélies d’Augustin sur l’hospitalité

Martin BelleroseMartin Bellerose | 18 décembre 2023

La plupart des Pères de l’Église ayant prêché sur l’hospitalité, l’ont fait à partir de Genèse 18, soit la théophanie de Mamré. Cependant, nous n’avons aucune homélie d’Augustin sur l’hospitalité portant sur la théophanie de Mamré. Cela étant dit, cela ne veut pas dire qu’il n’en a jamais fait, cela veut simplement dire qu’on en n’a pas trouvé. Bien entendu, d’autres textes bibliques ont inspiré Augustin dans ses prédications sur l’hospitalité. Nous vous en présentons quatre dans ce qui suit.

Élie et la veuve de Sarepta

Dans la première partie du Sermon 11, Augustin rappel que c’est maintenant dans l’histoire qu’il faut accomplir les œuvres de charité. Il évoque, sans le dire explicitement, l’Évangile de Matthieu au chapitre 25 lorsqu’il précise que ce qu’il appelle « les devoirs de piété », comme le fait d’accueillir l’étranger, n’auront plus d’utilité puisque tous vivront dans leur patrie, soit la Cité céleste. Pour Augustin, « c’est maintenant que nous sommes exilés ». Pour l’évêque d’Hippone, ce n’est pas un hasard si celle qui devait aider Élie est une étrangère. L’Église, la communauté des saints, n’est-elle pas une étrangère dans le monde? À cet effet il dira :

Cette femme représentait la figure de l’Église, et parce que deux morceaux de bois forment une croix, celle qui allait mourir cherchait ce qui devait la faire vivre à jamais. Ainsi donc, le mystère restant caché, Élie rapporte à la femme ce qu’il a entendu : elle lui expose sa situation, dit qu’elle va mourir quand elle aura épuisé ce qui lui reste. (Sermon 11)

Pour Augustin, il est clair que cette femme, la veuve de Sarepta, a été inspirée du Seigneur dans sa pratique hospitalière. Son hospitalité était hors de toute logique humaine de survie. Dans le même sermon, il précise que de telles bonnes actions ne doivent pas se pratiquer en vue d’une rétribution, ce qui donne un certain caractère de gratuité à l’hospitalité.

Marthe et Marie

De tout le Sermon 103 sur Marthe et Marie, j’attirerai l’attention sur un seul aspect souligné par Augustin. Il y dit :

En effet, le Seigneur a voulu prendre l’apparence d’un serviteur et, sous cette apparence de serviteur, être nourri par ses serviteurs, par bienveillance et non par nécessité. […] En quoi est-ce étonnant, s’il est vrai qu’il a laissé la veuve nourrir Élie, qu’auparavant il nourrissait en se servant d’un corbeau? (Sermon 103)

Pour Augustin, offrir à quelqu’un la possibilité de pratiquez l’hospitalité est lui offrir une grande bénédiction. Imaginons-nous un seul instant jusqu’à quel point les chrétiens d’aujourd’hui sont immensément bénis! Hélas, les occasions ne sont pas toutes saisies. Le théologien africain ajoute un peu plus loin dans le même sermon :

Ne te plains pas, ne proteste pas parce que tu es né à une époque où tu ne peux plus voir le Christ dans la chair : il ne t’a pas privé de sa bienveillance. Il dit : « Quand vous l’avez fait à l’un de ces petits qui est à moi, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25,40) » (Sermon 103)

Les disciples d’Emmaüs

Pour Augustin, le récit du chemin d’Emmaüs représente bien ce que tous les chrétiens vivent, ils sont en pèlerinage dans le monde. Tout comme les chrétiens d’aujourd’hui, et de l’époque d’Augustin, les disciples d’Emmaüs passent une très grande partie de leur pérégrination sans reconnaître le Christ qui est pourtant là, tout à côté d’eux, parmi eux. Le Christ, perçu comme un étranger, est entré chez les disciples et Il s’est fait leur hôte en fractionnant le pain et c’est à ce moment précis qu’ils le reconnurent. Nous sommes reçus dans Son royaume, dans sa cité, chaque fois que nous le recevons, lui qui apparait à nos yeux sous l’aspect d’un étranger… Accueillir, « telles sont les conditions de voyage : c’est ainsi qu’il nous faut vivre en cette terre étrangère où le Christ est dans le besoin » (Sermon 236). C’est en combattant la misère dans ce monde que les chrétiens annoncent la Cité céleste, là où il n’y aura plus d’étrangers, plus de faim, plus de malades.

Le lavement des pieds

Le Traité 58 sur l’Évangile de Jean ne semble, à première vue, n’avoir rien à voir avec l’hospitalité, avec l’accueil de l’autre. Augustin dit : « Ce qu’a fait le Christ, le chrétien ne doit pas dédaigner de le faire. Car quand le corps s’incline vers les pieds du frère, dans le cœur même est suscité (ou confirmé, s’il était déjà présent) le mouvement de l’humilité. » Cette humilité décrite par Augustin explique l’essence même de l’hospitalité et l’importance de la pratique du lavement des pieds. Au départ, cette pratique avait une raison d’être très technique. Le voyageur était un marcheur, soigner et rafraichir ses pieds était de première importance. La transformation des pratiques en matière de transport a rendu cette pratique désuète mais le sens chrétien de cette pratique redouble de pertinence pour les chrétiens d’aujourd’hui.

Évidemment, ces quelques paragraphes ne rendent pas justice à la profondeur des sermons d’Augustin sur l’hospitalité. C’est pourquoi j’invite les lecteurs et les lectrices à les lire. Ils sont disponibles dans un ouvrage publié aux éditions du Cerf en 2018 : La grâce de l’hospitalité.

Martin Bellerose est professeur et directeur de l’Institut d'étude et de recherche théologique en interculturalité, migration et mission (IERTIMM) et directeur de la formation en français de l’Église Unie du Canada.

Le furet biblique

Bible et migration

La question des migrations est de plus en plus présente dans les enjeux et débats de société. La présente rubrique cherche à mettre en évidence l’importance de cette thématique dans les différents textes bibliques et souhaite offrir des pistes, à partir des Écritures, afin de réfléchir sur des enjeux contemporains. Nous y explorons la littérature biblique, parfois extrabiblique, et des réceptions anciennes et actuelles de cette littérature.

livre