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La progression du royaume de Dieu
Jeremy Favreau | 18 mai 2026
Jésus leur raconta une autre parabole : « Le royaume des cieux est comme une graine de moutarde qu’on prend et qu’on sème dans son champ. C’est la plus petite de toutes les graines ; mais quand elle a poussé, c’est la plus grande de toutes les plantes du jardin : elle devient un arbre, de sorte que les oiseaux viennent faire leurs nids dans ses branches. » (Matthieu 13,31-32)
Le message au cœur de la bonne nouvelle déclarée et démontrée par Jésus est l’arrivée prochaine et progressive du règne de Dieu sur terre, comme c’est le cas au ciel. Comment voyons-nous le royaume progresser parmi nous aujourd’hui?
Dans les évangiles synoptiques, Jésus commence son ministère en déclarant que le royaume de Dieu (« des cieux » dans Matthieu) est proche, ou à portée de main (Matthieu 4,17 ; Marc 1,15 ; Luc 4,43). Ce royaume, une fois annoncé, ne se fait pas attendre. Comme Jésus l’indique dans son enseignement dans la synagogue de Nazareth, son ministère sera l’accomplissement des promesses prophétiques attribuées au Messie : une bonne nouvelle annoncée aux pauvres, la délivrance des prisonniers, la guérison des aveugles et la libération des opprimés (Luc 4,18). Par son enseignement et ses miracles, Jésus manifeste l’arrivée du royaume de Dieu tant attendu. Néanmoins, peu sont ceux qui le reconnaissent et l’accueillent.
Lorsqu’on observe les réactions des gens qui suivaient Jésus, nous voyons le côté sombre de la nature humaine au plein jour. La plupart semblaient uniquement vouloir bénéficier de sa provision miraculeuse et se mettre du « bon côté de l’histoire », aux côtés du roi à venir. Lorsque Jésus annonça à la foule, dont il venait de remplir les ventres, que sa mission n’était pas d’utiliser sa puissance pour établir un royaume selon le modèle des empires temporels, mais bien de donner sa vie pour inaugurer un royaume éternel, « beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner » (Jean 6,66). Ils reconnurent la légitimité du messager, mais refusèrent d’entendre et de comprendre son message.
C’est donc à travers des paraboles que Jésus enseignait les foules sur la nature de son royaume. Si bien qu’on nous dit qu’il « ne leur parlait pas sans paraboles » (Matthieu 13,34). Pourquoi ce paradoxe, au lieu de simplement s’exprimer clairement? Que peut-on y apprendre, si nous avons des oreilles pour entendre et des yeux pour voir (Matthieu 13,16)?
Une réponse à tout le moins partielle se trouve à l’intérieur même de plusieurs de ses paraboles. Jésus parle fréquemment de semailles, de champs, de travailleurs agricoles pour représenter les dynamiques de son royaume. C’est le cas dans le 13e chapitre de Matthieu en particulier. Commun à toutes les images agraires de ce chapitre, est le temps requis pour que se produisent les métamorphoses nécessaires à l’émergence de « fruits ». Un autre thème récurrent est que ce qui est récolté chez ceux qui « entendent la parole et la comprennent » est beaucoup plus important que ce qui a été semé au départ : « ils portent des fruits, l’un cent, un autre soixante et un autre trente » (v. 23).
Dans la parabole de la graine de moutarde (v. 31-32), Jésus réaffirme les deux dynamiques mentionnées plus haut et en rajoute une troisième. Si l’on accorde le temps requis pour que la graine tombe en terre et meurs, germe et pousse jusqu’à maturité, « elle devient un arbre, de sorte que les oiseaux viennent faire leurs nids dans ses branches ». Avec le temps, la graine plantée dans la bonne terre produit une plante porteuse de fruits qui à leur tour attirent « les oiseaux » qui viennent se nourrir et s’abriter auprès d’elle.
Les paraboles transmettent des vérités à travers de riches métaphores qui nécessitent de vouloir entendre et comprendre pour être saisis. S’il est vrai que Jésus « ne fait que ce qu’il voit faire par le Père » (Jean 5,19), nous devrions nous attendre à recevoir, encore aujourd’hui, une abondance de communications de la part de Dieu. Les occasions d’apprendre et d’être transformé abondent, mais elles doivent souvent être saisies au vol. En conséquence, la question suivante devrait nous rester constamment à l’esprit : « À quelle fréquence est-ce que je passe à côté de ce que l’Esprit souhaite me communiquer? »
Telle une graine de moutarde, la parole de Dieu a le potentiel d’opérer une transformation à l’intérieur de ceux et celles qui l’entendent et la comprennent. Cette transformation mène non seulement à porter des fruits de bonté et de bienveillance, mais nous rend attirants et accueillants à ceux qui « tournent autour ». Le royaume de Dieu est appelé à s’étendre dans les individus et les institutions jusqu’à ce que toute la terre soit une « bonne terre », offrant nutrition et hospitalité par l’action de la parole divine plantée en elle.
Jeremy Favreau est chercheur associé et responsable des communications pour l’Institut d’étude et de recherche théologique en interculturalité, migration et mission et l’Institut protestant de théologie de l’Église Unie du Canada.
