Le semeur. Vincent van Gogh, 1888. Huile sur toile, 32,5 x 40,3 cm. Musée van Gogh, Amsterdam (Wikipédia).

Patience et longueur de temps...

Yves GuillemetteYves Guillemette | 11e dimanche du Temps ordinaire (B) – 16 juin 2024

La semence qui pousse d’elle-même : Marc 4, 26-34
Les lectures : Ézéchiel 17, 22-24 ; Psaume 91 (92) ; 2 Corinthiens 5, 6-10
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

La notion de royaume ou de règne de Dieu occupe une place importante dans les Évangiles. L’annonce du règne de Dieu constitue en effet l’objet principal de la prédication de Jésus, comme le fait remarquer l’évangéliste saint Marc : Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Évangile de Dieu et disait : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » (Marc 1,14-15). La Bonne Nouvelle, c’est que Dieu est désormais proche des êtres humains du seul fait de la présence de Jésus au milieu d’eux. C’est donc par Jésus que Dieu étend son règne au sein de l’humanité.

C’est surtout à l’aide de paraboles que Jésus annonce le règne de Dieu. Ce moyen pédagogique met en valeur la réalité mystérieuse du règne de Dieu. Ce règne ne s’établit pas selon les calculs et les stratégies humaines. Jésus oblige les gens à tourner les yeux dans une autre direction. Nous qui entendons ces paraboles, nous nous posons bien des questions. Comment le règne de Dieu croît-il? Avons-nous un rôle à jouer pour en assurer la croissance? Quand le règne de Dieu sera-t-il établi pour de bon? Les deux paraboles sur la croissance du règne de Dieu, la semence qui pousse d’elle-même et la graine de moutarde, ouvrent quelques pistes de réflexion.

Le temps de l’attente confiante

La première parabole emprunte ses images au travail du cultivateur. Celui-ci a un rôle actif à deux moments précis: au temps des semailles et à celui de la moisson. La période qui sépare ces deux activités est le temps de l’attente confiante. Le cultivateur, malgré les soins qu’il apporte à son champ, n’a aucun contrôle sur la croissance de la semence. Celle-ci porte en elle-même sa propre puissance de fécondité. Comme on dit, rien ne sert de tirer sur les épis : ils ne pousseront pas plus vite; on ne risque que de les arracher du sol nourricier. La seconde parabole se concentre sur la croissance stupéfiante d’une plante potagère. Une graine minuscule donnera un plant si grand que les oiseaux viendront faire leurs nids dans ses branches. Ici encore, le semeur est condamné à la passivité. Il ne pourra qu’aller d’étonnement en étonnement devant la croissance de la plante.

Lentement mais sûrement

Nous vivons dans un monde d’efficacité, de rapidité, du prêt-à-tout. Ce que nous voulons, nous pouvons l’acquérir tout de suite... ou presque. Cette culture de l’immédiat influence notre mentalité. Nous voudrions, parfois à notre insu, que les personnes fonctionnent de la même manière, qu’elles franchissent les étapes normales de croissance au bon moment, sinon les devancer. Dans le domaine de la mission pastorale, la même mentalité existe parfois. Que de déception devant des parents dont on attendait une connaissance convenable de la signification des sacrements qu’ils demandent pour leur enfant! Que d’impatience devant une Église qui prend trop de temps pour s’adapter au monde moderne, ou devant des fidèles prêtres et laïcs qui tardent à se convertir à la synodalité, au marcher-ensemble pour faire Église! Il arrive trop souvent que l’on agisse comme si la croissance du règne de Dieu reposait entièrement sur nos épaules.

Jésus comprend sans doute nos impatiences, comme il a compris celles de ses apôtres qui auraient voulu voir le règne de Dieu dans toute son ampleur avant même qu’il grandisse. N’y aurait-il pas lieu de voir, derrière les traits du cultivateur, Dieu lui-même qui envoie son propre Fils dans le champ de notre monde? Nous sommes le champ qui reçoit la Bonne Nouvelle. Celle-ci a une puissance de fécondité extraordinaire, mais il faut accepter de consacrer tout le temps de notre vie à la lente maturation de la Parole. Dieu est assuré de la croissance de son règne dans notre existence personnelle autant qu’au sein de l’humanité. Cela prendra peut-être du temps à nous laisser transformer par l’Évangile. Mais aux yeux de Dieu, aucun être humain n’est une terre stérile.

Dans l’Église, les personnes qui exercent une fonction pastorale se reconnaîtront sans doute dans le rôle du cultivateur. Leur rôle est d’annoncer l’Évangile, de faire connaître le Christ Jésus, d’aider les gens à le reconnaître dans leur vie. L’exercice de cette tâche exige beaucoup de confiance en la puissance de l’Évangile. Une fois que quelqu’un a entendu la Bonne Nouvelle, on ne sait pas quel temps et quel chemin l’Évangile prendra pour s’enraciner dans sa vie, de la même manière que, entre la mise en terre de la semence et l’apparition des premières pousses, un temps nécessaire doit s’écouler. Il faut accepter humblement que le Christ travaille dans l’ombre et que son influence échappe au contrôle de la personne qui l’a fait connaître.

Yves Guillemette est curé de la paroisse Saint-Léon de Westmount et directeur du site interBible.org.

Source : Le Feuillet biblique, no 2851 (version actualisée du texte paru dans le Feuillet biblique 1541, 12 juin 1994). Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation du Diocèse de Montréal.

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