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Consolation et joie dans la sainte cité — AT 32

Paul-André DurocherPaul-André Durocher | 27 avril 2026

Référence biblique : Isaïe 66, 10-14
Liturgie des Heures : Jeudi IV — Laudes

10À vous, l’allégresse de Jérusalem!
Exultez en elle, vous tous qui l’aimez!
Réjouissez-vous de sa joie, vous qui la pleuriez!

11 Alors, vous serez nourris de son lait,
rassasiés de ses consolations ;
alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire.

12 Car le Seigneur le déclare :
« Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve
et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. »
Vous serez nourris, portés sur la hanche ;
vous serez choyés sur ses genoux.
13 Comme un enfant que sa mère console,
ainsi, je vous consolerai.

Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés.
14 Vous verrez, votre cœur se réjouira ;
et vos os revivront comme l’herbe reverdit.

Sens original.Le chapitre 66 conclut le livre d’Isaïe de façon insatisfaisante pour le lecteur ou la lectrice qui cherche une grande synthèse ou une belle envolée poétique. On se retrouve plutôt devant un ramassis de divers oracles prophétiques qui semblent enfilés les uns après les autres sans trop de souci de cohérence. Mais au milieu de ces textes se trouve un superbe cantique que la liturgie a retenu sous le titre de « AT 32 : Consolation et joie dans la sainte cité. »

Dans le paragraphe qui le précède, le prophète avait comparé Dieu à une sage-femme qui aide Jérusalem à donner naissance à tout un peuple. Il s’agit d’un revirement miraculeux, car Jérusalem avait été presque vidée de sa population durant l’Exil. Voilà qu’on revient de Babylone et de l’Égypte pour se réinstaller dans la Ville Sainte. C’est un nouveau départ inattendu, preuve de la présence agissante d’un Dieu qui se préoccupe de son peuple.

Ce renversement de fortune provoque la joie à laquelle le prophète exhorte le peuple dans AT 32 : « Réjouissez-vous de sa joie, vous qui la pleuriez. » Ceux et celles qui reviennent à Jérusalem se sentent comme des enfants cajolés, chéris et protégés. La ville elle-même les console.

Le cantique culmine avec la voix de Dieu qui proclame son œuvre : les habitants de Jérusalem avaient été obligés de quitter la ville pour aller en Exil, voilà maintenant qu’ils reviennent comme s’ils étaient portés par un fleuve de paix et de bénédiction. Encore mieux, Dieu lui-même les porte sur la hanche comme une mère qui console son enfant. Les habitants de Jérusalem sont renouvelés par cette consolation et cette joie, comme l’herbe reverdit après une pluie vivifiante.

À la lumière de l’Évangile. Comment ne pas penser au passage de l’évangile de Jean où Jésus, le soir avant sa passion, console ses disciples : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. » (Jn 16,21-22)

Comme le peuple avait dû partir en Exil, Jésus doit quitter cette vie et subir l’épreuve décisive de la mort. Mais il sait que cette mort ne sera qu’un passage, semblable aux douleurs d’un accouchement. Les disciples voient dans son départ une source de peine, mais Jésus leur annonce que Dieu transformera cette peine temporaire en une joie durable, inébranlable.

Dans ma vie. Adolescent, j’ai découvert les textes d’Antoine de St-Exupéry. Les premiers mots de « Terre des hommes » m’ont fortement marqué : « La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. »

Comme tout le monde, je rêvais d’une vie facile, sans soucis et sans épreuves. Mais St-Ex m’invitait à ne pas craindre les défis, à les saisir comme autant occasions de découvrir en moi des ressources intérieures que je n’avais pas imaginées. La sagesse humaine nous apprend que l’épreuve peut devenir un chemin de dépassement, comme les douleurs de l’enfantement peuvent aboutir au cri du nouveau-né qui vient au monde.

À plus forte raison, la sagesse divine m’invite-t-elle à être configuré à Jésus en vivant ces épreuves avec lui. Elles peuvent purifier mon amour, approfondir ma foi et renouveler mon espérance. Au cœur de ces épreuves, je découvre que Dieu le Père m’aime comme une mère qui me porte, me nourrit, me console et me donne la joie.

Dans le plan de Dieu. L’eau du baptême est à la vie chrétienne ce qu’est le fluide amniotique à la vie humaine : en remontant de ces eaux, l’être humain se reçoit comme un projet rempli de promesse. En Jésus, nous reconnaissons non seulement que Dieu est l’origine de cette vie, mais qu’il la chérit, la couve et la nourrit comme une mère pour ses enfants.

Jésus a exprimé ce désir de Dieu à haute voix : « Jérusalem, Jérusalem… combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes ? » (Mt 23,37) Oui, Dieu veut que nous vivions d’une façon épanouie et joyeuse. Accueillons son affection maternelle et sa protection paternelle. Croyons qu’il veut nous nourrir du pain quotidien, qu’il veut nous pardonner comme nous pardonnons, qu’il veut nous soutenir en tentation et nous libérer de tout mal.

Nous pourrons alors relever tous les défis, même celui de notre mort. Grâce à Dieu, nous sommes sûrs qu’elle n’aura pas le dernier mot. Il nous l’a promis : « Vos os revivront comme l’herbe reverdit. »

Mgr Paul-André Durocher est archevêque de Gatineau (Québec).

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Trésors de la prière juive et chrétienne, les psaumes n'en demeurent pas moins des textes qui demandent parfois d'être apprivoisés. Cette chronique propose une initiation aux psaumes et à la prière avec les psaumes.