
(Shiny Diamond / Pexels)
Une fine perle : l’arrêt sur geste
Hélène Pinard et Hélène Boudreau | 14 septembre 2026
Une des stratégies régulièrement employée en récitatif est celle de l’arrêt sur geste. Cette stratégie a été élaborée par Mme Louise Bisson afin d’offrir aux participantes une meilleure intégration des récitatifs transmis. Dans une chronique précédente, nous avions parlé d’arrêts sur geste vécus à partir d’un récitatif particulier, Jean 14,25-31 [1]. Ici, nous examinerons plus en détail quand, comment et pourquoi vivre un arrêt sur geste et les effets d’une telle stratégie.
À un moment pertinent
L’enseignement bien équilibré d’un récitatif biblique comporte des moments dits « arrêt sur geste ». Lors de la préparation, l’animatrice choisit dans le récitatif transmis certains mots et gestes significatifs. Elle détermine le moment le plus approprié pour les faire vivre, en tenant compte du déroulement général de la session.
Cette stratégie est offerte lorsque les récitantes commencent à être à l’aise avec les paroles et les gestes d’un passage d’un récitatif ayant été répété à quelques reprises.
Afin d’endiguer de potentielles dérives de sens, l’animatrice s’assure que le sens objectif biblique véhiculé par le geste soit explicite. Rien n’empêche qu’un arrêt sur geste se vive de façon spontanée lorsque le besoin s’en fait sentir ou que les participantes le proposent.
Attention au ressenti dans le corps
Au moment choisi, l’animatrice indique qu’on fera un arrêt sur geste à un mot précis du récitatif. Le groupe chante alors ce qui précède et s’arrête sur le mouvement de ce mot. Chaque récitante conserve la pose ou le geste.
Dans ce moment d’arrêt, chacune porte attention à ce qu’elle vit dans son corps, ce qu’elle vit émotionnellement et surtout physiquement (tiraillement, torsade, repos, chaleur / froid, confort / malaise, détente / tension, etc…) Toutes sont invitées à nommer ce qui se manifeste en elles en un mot ou une courte expression, sans élaborer. Ensuite, on rechante le passage entier et ce qui suit.
Impression de la Parole dans le corps
En récitatif, la Parole passe par le corps. Les arrêts sur gestes favorisent la prise de conscience des ressentis corporels. Ils agissent comme une porte d’entrée permettant d’observer l’impact de la Parole en soi.
L’arrêt sur geste contribue à la rencontre de la Parole avec le vécu particulier de chacune. C’est un temps d’accueil, de silence qui permet de laisser remonter s’il y a lieu des impressions enfouies. Les ressentis corporels varient d’une personne à l’autre laissant apparaître comment la Parole affecte chaque personne.
Parfois, l’arrêt sur geste est proposé lorsque l’exécution d’un geste par une ou plusieurs participantes varie grandement du geste recherché. En se montrant attentives, elles peuvent percevoir un aspect d’elles-mêmes qu’elles n’avaient pas considéré.
Un arrêt sur geste peut également devenir l’élément déclencheur d’une activité d’intégration plus élaborée. Il permet d’ancrer plus profondément la Parole à l’intérieur de chacune. On peut inviter les participantes à se regrouper selon le geste qui les touche davantage. Ce partage permet de se rapprocher davantage les unes des autres.
Apprentissage et croissance
Les participantes développent de l’aisance pour exécuter un geste sur lequel on a vécu un arrêt. Ce geste se fait plus précis, plus habité par la suite. La mémorisation d’un passage de récitatif est favorisée par cette attention particulière à un moment précis. Par la suite, quand la récitante, seule ou en groupe, récite ce passage, le rappel sera plus fluide, plus naturel.
Une fois l’ancrage opéré, la mémorisation du texte devient plus aisée : les mots deviennent porteurs de sens. La mémorisation en profondeur permet de se mettre à l’écoute de ce qui rejoue. Y prêter attention crée une ouverture pour accueillir ce que la Parole veut enseigner à ce moment de l’histoire personnelle.
Lorsqu’une participante indique d’un mot ce qu’elle ressent, d’autres peuvent réaliser qu'elles aussi vivent quelque chose de semblable ou de complètement différent de leur vécu. Ce bref partage permet de raffiner la façon dont chacune nomme son expérience.
Il arrive qu’un arrêt sur geste amène la personne à franchir une barrière intérieure, enclenchant ainsi une découverte encore plus profonde, plus révélatrice. Ces moments d’arrêts sur geste et de partage en écho font apprécier toute la richesse et la profondeur de sens d’un passage biblique en particulier.
Conclusion
L’arrêt sur geste est un outil riche pour approfondir les sens objectif et subjectif d’un passage, pour favoriser une fluidité et une présence dans l’exécution du geste ainsi que pour consolider la mémorisation et la capacité de rappel d’un passage appris.
La mémoire du ressenti est très forte. Chaque répétition subséquente est une occasion d’aller plus loin, d’approfondir le sens et l’effet de la Parole pour soi ou encore la possibilité de constater le chemin parcouru, l’évolution qui s’est faite tout doucement en soi. La Parole répétée, savourée devient maintenant partie prenante dans sa vie. Elle devient Parole de Vie, sans cesse renouvelée.
Hélène Pinard, FCSCJ, est bibliste et transmetteure de l’Association canadienne du récitatif biblique. Hélène Boudreau est aussi transmetteure de l’Association.
[1] Voir : Hélène Boudreau, « Suggestions d’arrêts sur gestes en Jean 14,25-31 », 10 novembre 2025.
