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chronique du 24 novembre 2000

 

Le serpent d’Airain

Dans le livre des Nombres (21,6-9), il est question d'un serpent d'airain, utilisé par Moïse pour protéger les Israélites des morsures de « serpents brûlants » que Yahvé leur aurait envoyés. Le texte hébreu utilise ici le mot « neoushtan » (voir aussi 2 Rois 18,4), ce qui signifie un « serpent en bronze ». Deux aspects sont à considérer dans cette histoire: la symbolique du serpent en général et le pouvoir des images dans le Proche-Orient ancien.
 

serpent d'airain

Serpent d'Airain, Fol. 77v
Guiard des Moulins, Bible historiale, France, Saint-Omer, XIVe siècle
Bibliothèque nationale de France

La symbolique du serpent

     Dans le Proche-Orient ancien, on trouve le serpent dans des textes de la Bible (surtout Gn 3) et aussi en dehors de la Bible. Des statuettes de serpent étaient l'objet de vénération (2 Rois 18; Nb 21) comme le serpent d'airain.

     Le serpent possède un caractère très ambigu. Il est à la fois considéré comme symbole de vie et de mort, de sagesse et de chaos. Cette ambiguïté du serpent se manifeste le mieux dans sa double symbolique de donateur de vie et de messager de mort. L'apparente opposition met en lumière la dimension complémentaire de ces deux dimensions. Son fondement se trouve dans la proximité du serpent avec la terre, dans son habileté à muer et à se fabriquer une nouvelle peau, d'une part, mais aussi dans la frayeur que provoquent ses morsures mortelles.

     Le serpent est relié aux divinités proche-orientales du monde souterrain: la déesse de l'amour et de la fertilité assyrienne, Ishtar, ou Qadesh en Palestine. Des statuettes du XIIe siècle avant J.C. les représentent avec une forte connotation sexuelle. Or, l'une d'entre elles avait la hanche entourée par un serpent. Ce lien avec une figurine du culte de la fertilité représente la vie qui vient de la terre et qui est donnée par la déesse.

Le pouvoir des images

     Au Proche-Orient ancien, on croyait que l'image d'un personnage ou d'un dieu est fortement reliée à celui qu'elle représente. Par exemple, l'image d'un roi était le roi. Cette image pouvait avoir un pouvoir sur la mort et même l'annuler. Cette conviction joue aussi un rôle important avec le serpent d'airain.

     Un symbole égyptien du serpent illustre bien la relation ambiguë de l'homme avec le reptile: on croyait qu'un animal dangereux pouvait être neutralisé ou manipulé par son image. C'est ce qu'on a appelé son caractère apotropéique. Ces représentations transformaient la menace mortelle du serpent en une fonction guérissante. En Égypte, des images d'animaux accompagnaient les morts, afin de les protéger des forces du monde souterrain.

Serpent guérisseur ou idole?

     Quand le SEIGNEUR demande à Moïse d'ériger un serpent d'airain pour contrer les effets mortels de ces « serpents brûlants », le texte des Nombres évoque une ancienne tradition égyptienne qui était alors connue par les Israélites. Compréhensible, puisqu'ils sortaient d'Égypte.

     Cette tradition, dans le contexte de la foi en Yahvé signifierait alors que même pendant l'Exode, le peuple hébreu tenait toujours aux rituels non-yahviste, surtout en période de doute. Peut-on croire que quelqu'un ait vraiment sauvé sa vie en regardant simplement une image de serpent? J'opterais plutôt pour l'opinion inverse: l'auteur du livre des Nombres, rédacteur de cette histoire, l'utilisait pour se moquer du peuple d'Israël -- comme Yahvé se moque d'autres pratiques étrangères qui n'apportent rien du tout (faux prophètes, statues en bois, etc.). En fait, seul Yahvé est en mesure d'apporter le salut à Israël, quelque soit le moyen utilisé.

Thomas Hentrich

 

Quelques suggestions de lectures

Thomas HENTRICH, « L'immortalité de l'homme et de la femme au paradis. Une recherche sur Gn 3 », Recueil des travaux de l'Association des études Proche-orientales anciennes 5 (1996) 31-40.

Karen Randolph JOINES, « The Bronze Serpent in the Israelite Cult », Journal of Biblical Literature 87 (1968) 245-256.

Jean-Claude BRINETTE, « Les divinités archaïques égyptiennes » http://members.aol.com/historel/egypt/04egypt.htm

Robert T. MASON, « The Divine Serpent in Myth and Legend » http://www.geocities.com/Athens/Delphi/5789/serpent.htm

Lire aussi :
Le serpent en Orient et dans la Bible

Article précédent :
Les récits de rencontre du Ressuscité