David, vainqueur du géant philistin. James Tissot (Artvee).

À la rencontre des géants

François DoyonFrançois Doyon | 22 janvier 2024

Avez-vous déjà été intrigués par les récits de géants qui jalonnent les textes anciens et mythologiques, y compris la Bible elle-même? Ces figures colossales, qui éveillent à la fois crainte et fascination, sont bien plus qu’une simple curiosité. Elles constituent une porte d’entrée fascinante dans le monde symbolique et théologique de nos ancêtres. Aujourd’hui, nous explorons ensemble ces êtres mystérieux et ce qu’ils nous révèlent sur la compréhension du monde dans l’Antiquité.

Les Nephilim : les géants de la Genèse

Le livre de la Genèse, dans l’Ancien Testament, fait une mention intrigante des « Nephilim », terme que de nombreuses traductions rendent par « géants ». Ces êtres apparaissent dans des récits chargés de symbolisme, notamment dans le passage prédiluvien (avant le déluge) de Genèse 6,1-4 :

Quand les hommes commencèrent à se multiplier sur la terre et que des filles leur naquirent, les habitants du ciel constatèrent que ces filles étaient bien jolies, et ils en choisirent pour les épouser. Alors le Seigneur se dit : « Je ne peux pas laisser les hommes profiter indéfiniment du souffle de vie que je leur ai donné ; ils ne sont après tout que des êtres mortels. Désormais ils ne vivront pas plus de cent vingt ans. » C’était l’époque où il y avait des géants sur la terre — il en resta même plus tard. Ceux-ci étaient les héros de l’Antiquité, aux noms célèbres ; ils étaient nés de l’union des habitants du ciel avec les filles des hommes. 

Les géants sont décrits comme les progénitures des « fils de Dieu » et des « filles des hommes », une expression qui suscite encore de nombreuses interrogations et interprétations. Loin d’être un détail anodin, la mention des Nephilim nous plonge dans une réflexion sur les croyances et l’imaginaire proche-oriental entre le 10e et le 6e siècle avant Jésus-Christ.

Goliath et autres géants bibliques

Au-delà des Nephilim, d’autres figures de géants parsèment les textes bibliques. Le plus célèbre est sans doute Goliath, l’adversaire titanesque de David :

Il mesurait près de trois mètres ; il avait mis un casque et des jambières de bronze, ainsi qu’une cuirasse à écailles pesant soixante kilos. Il portait en bandoulière un sabre de bronze. Il avait aussi une lance dont le bois était gros comme le cylindre d’un métier à tisser et dont la pointe de fer pesait plus de sept kilos. (1 Samuel 17,5-7)

Cette histoire, au-delà de sa dimension littérale, est souvent interprétée comme une métaphore de la lutte entre le bien et le mal, le petit contre le grand, la foi contre la force brute. Ces récits mettent en lumière les valeurs, les espoirs et les craintes d’une époque.

Les origines de la croyance aux géants

La fascination pour les géants s’enracine profondément dans le tissu de nos mythes et légendes, se manifestant à travers différentes cultures et époques. Commençons par leur présence en tant qu’archétypes mythologiques. Les géants incarnent souvent des forces chaotiques ou des défis presque insurmontables, symbolisant le chaos, la force brute ou les obstacles extraordinaires que doivent surmonter les héros. Ils ne sont pas de simples créatures, mais plutôt des représentations de tout ce qui est grandiose et terrifiant dans l’univers.

Les interprétations archéologiques du passé reflètent souvent un monde empreint de mythes et de légendes, où de grandes découvertes – comme d’immenses ossements préhistoriques – étaient fréquemment attribuées à des géants ou autres êtres surnaturels, faute de compréhension scientifique. Avant l’avènement de la paléontologie, ces ossements étaient parfois perçus comme des vestiges de créatures mythiques, alimentant les récits populaires et la mythologie locale. De manière similaire, l’apparence imposante et l’assemblage brut des murs cyclopéens de Mycènes ont fasciné les anciens Grecs, les menant à croire que seuls les Cyclopes, êtres gigantesques et légendaires de leur mythologie, auraient pu ériger de telles structures. Cette tendance à attribuer des origines mythiques ou surnaturelles à des phénomènes non expliqués révèle une dimension fondamentale de la pensée humaine, cherchant à donner un sens à l’extraordinaire et à l’incompréhensible.

Le symbolisme moral attribué aux géants est tout aussi important. Ils ne sont pas seulement des adversaires physiques dans les récits ; ils représentent souvent des obstacles spirituels ou moraux. Les histoires de géants permettent de mettre en scène des triomphes du courage, de l’intelligence ou de la foi face à l’apparente impossibilité, illustrant ainsi des leçons morales ou spirituelles profondes.

Les réalités médicales ont également joué un rôle dans la perpétuation de ces légendes. Des conditions comme le gigantisme ont donné naissance à des récits d’individus de taille exceptionnelle. Ces cas réels, observés à travers les âges, ont probablement alimenté l’imagination collective et donné une certaine crédibilité aux histoires de géants.

Enfin, les récits de géants sont un reflet vibrant des échanges culturels. À mesure que les histoires voyageaient et que les cultures entraient en contact, les récits de géants se transformaient, empruntant et fusionnant des éléments de diverses traditions. Cette dynamique d’échange et de transformation culturelle a permis aux histoires de géants de se perpétuer et de se diversifier, témoignant de l’influence mutuelle et de l’imagination partagée entre les peuples.

Dans leur ensemble, ces éléments tissent la riche tapisserie de la fascination humaine pour les géants, reflétant des aspects profonds de notre psyché collective, de notre histoire et de notre désir de donner un sens au monde qui nous entoure.

Un héritage fascinant

En définitive, les géants de la Bible nous offrent une fenêtre sur l’univers mental et spirituel de l’Antiquité. Ils nous rappellent que la Bible, tout en étant un texte sacré pour beaucoup, est aussi une œuvre littéraire riche, témoignant des croyances, des peurs, et des espoirs de l’humanité. Ces récits de géants, loin d’être de simples anecdotes, sont emblématiques de la quête humaine de comprendre et d’expliquer le monde. Alors, en lisant ces histoires, nous ne faisons pas seulement un voyage dans le passé ; nous explorons les profondeurs de l’âme humaine, toujours aussi fascinée par l’idée du grandiose et du transcendant.

François Doyon détient un doctorat en philosophie de l’Université de Montréal. Il est présentement doctorant en théologie à l’Université Laval (Québec).

Curieuse Bible

Curieuse Bible

La Bible comporte beaucoup d’éléments insolites, de passages obscurs, de détails cocasses. Il s’agit d’éléments parfois secondaires, mais qui font partie intégrante de la Bible et qui contribuent à sa richesse. Chrystian Boyer et ensuite Erwan Chauty et Sébastien Doane présentent dans cette chronique quelques-unes de ces curiosités de la Bible.