Moïse et le buisson ardent. Grès à décor d’engobe. Panneau murale, 32 x 26,5 cm.
(image © Odile Texier Interior Designer, Palm Beach, Paris)
Le buisson ardent
Sylvain Campeau | 20 avril 2026
Le buisson ardent symbolise la présence de Dieu qui se manifeste sous la forme d’un feu qui ne consume pas. C’est ce phénomène extraordinaire qui pique la curiosité de Moïse et qui l’amène à s’approcher du buisson. Cette manifestation divine se caractérise par la lumière et par la parole. Le récit est donc imprégné par les registres de la vision et de l’écoute.
Le contexte
L’épisode du buisson ardent (Exode 3,1-10) marque un tournant dans l’histoire de Moïse. Il survient après sa fuite d’Égypte causée par sa compassion pour les membres de son peuple qui étaient maltraités. « En ces jours-là, Moïse […] sortit vers ses frères et vit ce qu’étaient leurs corvées. Il vit un Égyptien frapper un Hébreu, un de ses frères. S’étant tourné de tous côtés et voyant qu’il n’y avait personne, il frappa l’Égyptien et le dissimula dans le sable. » (2,11-12) Malgré sa discrétion, on se rend compte rapidement que des témoins du meurtre ont ébruité l’affaire et Moïse doit fuir pour éviter le même sort que l’Égyptien brutal.
Alors qu’il devient berger au pays de Madian, Moïse est appelé par Dieu pour devenir pasteur de son peuple. Le récit du buisson ardent rempli une double fonction : il met en récit l’histoire de l’appel de Moïse et révèle l’identité du Dieu des pères : « Je suis qui je serai. » (3,14)
La lumière divine
« Moïse avait fait un détour pour voir » (3,4) Le feu attire l’attention de Moïse mais c’est la lumière qui symbolise la présence divine. Cette même lumière témoigne de la présence de Dieu qui devient, pendant la nuit, un guide pour son peuple dans le désert (voir Ex 13,20-22). Et le buisson ardent, qui témoigne de la présence de Dieu, joue le même rôle que la menorah dans le Temple. On peut voir, dans cet objet sacré, la représentation stylisée du buisson observé par Moïse. La scène du buisson ardent serait ainsi la transposition du Temple sur la montagne qui devient un lieu sacré où, par respect, on enlève ses chaussures.
« Moïse […] sortit vers ses frères et vit ce qu’étaient leurs corvées. » (2,11) Dans le récit qui précède la fuite de Moïse, le verbe voir est important : la constatation du sort pénible réservé aux Hébreux peut être mise en parallèle avec la vision de Dieu dans le récit du buisson ardent : « J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte et je l’ai entendu crier sous les coups des gardes. » (3,7) Moïse et son Dieu partagent donc une compassion commune pour le peuple hébreu. En répondant à l’appel divin, Moïse devient ainsi l’instrument permettant sa libération de l’esclavage. Le feu rayonnant du buisson ardent révèle ainsi un Dieu qui se préoccupe d’un peuple opprimé qu’il a choisi pour conclure une alliance avec lui.

Le buisson ardent. Triptyque de Nicolas Froment, c. 1475-1476.
Huile sur toile, 305 x 410 cm. Cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence (Wikipédia).
Une figure de Marie
Les Pères de l’Église ont fait un rapprochement entre la Vierge Marie et le buisson ardent. Le récit de Luc nous dit qu’elle est tombée enceinte sous l’action de l’Esprit (1,35). Leurs réflexions les amènent à comprendre qu’en Marie, la virginité et la maternité s’unissent sans altération. Le buisson ardent devient ainsi une belle image pour parler de Marie qui porte en elle la lumière du Verbe sans être consumée. Plusieurs artistes, comme Nicolas Froment, vont s’inspirer de cette image pour représenter la Vierge et l’Enfant Jésus trônant au cœur du buisson ardent.
Diplômé en études bibliques (Université de Montréal), Sylvain Campeau est responsable de la rédaction.
