Le Christ guérit un aveugle. Andreï Mironov, 2009. Huile sur toile, 100 x 55 cm (Wikipédia).

Jésus guérit l’aveugle de naissance

Léo LabergeLéo Laberge | 4e dimanche du Carême (A) – 15 mars 2026

L’eau vive et le culte nouveau : Jean 4, 5-42
Les lectures : Exode 17, 3-7 ; Psaume 94 (95) ; Romains 5, 1-2.5-8
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Qui est aveugle? Qui voit vraiment? L’évangile d’aujourd’hui étonne par la simplicité du récit de guérison. De fait, c’est la suite des questions et réponses qui montre tout l’enjeu de la guérison : ceux qui pensent voir ne savent pas reconnaître qui est le Christ. Ils refusent la lumière ; ils sont aveugles volontaires.

Le récit de guérison est tout simple. Jésus et ses disciples sortent du Temple et rencontrent sur leur route un aveugle de naissance. Les disciples eux-mêmes ne voient pas très bien, car ils posent une question qui ne convient pas : Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents? (v. 2). Jésus rejette la question. Il montre à ses disciples que cette cécité va manifester l’action de Dieu. Bien plus, les disciples sont invités eux aussi à agir : Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour (v. 4).

Le récit de guérison raconte tout simplement ce que fait Jésus, mais l’évangéliste nous invite à comprendre à un niveau supérieur le sens de l’action accomplie par Jésus. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde (v. 5). Parce qu’il est la lumière, Jésus peut donner la vue. Mais, il donne la vue, parce qu’il est envoyé par le Père. Après avoir appliqué la boue sur les yeux de l’aveugle, Jésus demande à celui-ci d’aller se laver à la piscine de Siloé, dont le nom signifie : Envoyé. L’aveugle n’a rien demandé ; les disciples ont posé une question impertinente. L’aveugle est envoyé à la piscine, dont le nom signifie « envoyé » et Jésus lui-même est l’Envoyé du Père. Nous sommes invités, en écoutant ce récit, à voir bien au-delà des apparences.

Qui est aveugle?

L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait (v. 7). Il n’a rien demandé, il n’a rien dit, mais il a écouté ce que Jésus lui avait dit ; il a obéi ; il est guéri. C’est précisément alors que va commencer la longue discussion au sujet de l’aveugle guéri, et surtout au sujet de Jésus qui a guéri l’aveugle. On ne reconnaîtra pas qui est Jésus. On commence par nier que le mendiant aveugle, bien connu de ses voisins, est celui-là même qui maintenant peut voir. Ce n’est pas lui, ou encore : il lui ressemble. Des voisins ne veulent pas voir : ils nient ce qui est clair. Si c’est le mendiant qui a été guéri, il reste à savoir comment il se fait qu’il voit : Comment tes yeux se sont-ils ouverts? (v. 10). Le mendiant ne sait que raconter ce qui s’est passé. Mais il ne peut dire où se trouve Jésus : Je ne sais pas (v. 12).

Jésus est prophète

Après les voisins, ce sont maintenant les pharisiens, les séparés, les purs, qui entrent en scène. On aura un nouvel interrogatoire. Pour de fidèles observateurs du sabbat, il n’est pas permis de faire de la boue ou de guérir, d’ouvrir les yeux d’un aveugle un jour de sabbat. Celui qui a fait cela ne vient pas de Dieu. Mais, comment un pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils? (v. 16). Il resterait à admettre que Jésus vient de Dieu. Le mendiant dit de Jésus : C’est un prophète (v. 17). Mais les autres ne veulent pas croire (v. 18). Ils ne veulent pas voir. De fait, le voir, ici, c’est croire. Si le mendiant dit cela, que vaut son témoignage? On refuse ses paroles, on le prend pour un enfant ou un imbécile. Quand on ne veut pas voir, on se cherche des raisons pour dire que les autres se trompent.

Jésus est le Messie, l’envoyé de Dieu

Interrogés sur leur fils, les parents ne peuvent que dire : C’est bien notre fils ; il est né aveugle. Comment il peut voi ... qui lui a ouvert les yeux? Nous ne le savons pas… Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer (vv. 20-21). Ce n’est donc pas un enfant, ni un imbécile. On peut le croire, on doit se fier à ce qu’il dit. Les disciples de Jésus et les premiers chrétiens constatent, eux aussi, que leur parole n’est pas acceptée. On ne veut pas croire que Jésus est le Messie, le Christ, celui qui est l’Envoyé de Dieu. On va jusqu’à excommunier ces Juifs qui croient que Jésus est le Messie : les Juifs s’étaient mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie (v. 22). Convoqué de nouveau par les pharisiens, celui qui avait été aveugle doit expliquer comment un pécheur a pu lui ouvrir les yeux… Le pauvre homme ne peut que répondre : Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Par-delà les pharisiens, qui entendent ces paroles, c’est nous aussi qui sommes invités à nous prononcer : Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples? (v. 27).

Remarquons que, par ignorance d’une part et par mépris de l’autre, le nom de Jésus n’est jamais prononcé dans cet interrogatoire. Les pharisiens répondent : Nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples (v. 28). Moïse est vu comme prophète, comme porte-parole de Dieu. Quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est (v. 29). À la leçon donnée par l’ancien aveugle (Dieu n’exauce pas les pécheurs... Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire) (vv. 31.33), les opposants s’endurcissent et rejettent celui qui voit mieux qu’eux.

« Je crois, Seigneur », et il se prosterna devant lui

Il a fallu du courage à l’aveugle de naissance pour répondre aux questions posées, sans rien omettre de ce qu’il savait, malgré l’opposition malicieuse rencontrée. Il se montre digne du vrai disciple du Christ, qui témoigne de sa foi sans broncher. Nous aussi, nous sommes appelés à témoigner de notre foi. On ne peut pas dire que cela va de soi, sans aucune difficulté, sans aucune opposition. Réaffirmer calmement sa foi, vivre en toute sérénité sa foi, voilà un témoignage qui peut convaincre davantage que bien des arguments.

L’aveugle de naissance guéri par Jésus a dû défendre sa foi, avant d’en connaître toute la portée. Il parle de Jésus qui l’a guéri, mais il ne sait pas encore son nom, ni qui il est vraiment. Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver (v. 35). Sollicitude de Jésus, sollicitude de Dieu, venant au secours de notre faiblesse. Jésus pose maintenant la question importante : Crois-tu au Fils de l’homme? — Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui? (vv. 35-36). L’aveugle guéri est sincère. Il fait confiance. Il veut savoir ; il est prêt à croire. Nous sommes invités à imiter et la réponse et le geste de cet homme, car ce sont la réponse et le geste des disciples véritables du Christ. Il dit : « Je crois, Seigneur », et il se prosterna devant lui (v. 38). C’est l’attitude de qui a reconnu qui est Jésus, l’Envoyé de Dieu, le Messie.

Jésus, aujourd’hui comme alors, reste un signe de contradiction. On se divise à son sujet. Quelques-uns croient, d’autres ne croient pas. Où nous situons-nous? Du côté des aveugles ou du côté de ceux qui voient? Il ne faudrait tout de même pas que nous posions la question que posent les pharisiens : Serions-nous des aveugles, nous aussi? (v. 40). Seigneur, fais que je voie.

Première lecture : 1 Samuel 16,1.6-7.10-13a

« J’ai découvert un roi » (v. 1)

Samuel était prophète du Seigneur. Dernier des Juges, Samuel est aussi l’instrument dont Dieu se sert pour désigner et oindre les premiers rois, Saül et David. Le choix des premiers rois nous étonne. Comme d’ailleurs le choix du peuple élu. Comme le don de la grâce. Pour en parler, il nous reste le texte biblique, qui s’exprime sans nous livrer tous les éléments du plan divin. Le rejet de Saül et l’ascension de David font partie d’une longue histoire, qui souligne l’action de Dieu, qui met en évidence le rôle propre de David et de sa descendance, que Dieu a choisis pour régner à Jérusalem. David recevra l’onction, il sera donc le « messie de Dieu » ; c’est de lui que viendra le descendant qui accomplira les promesses faites à David et à sa descendance ; c’est de lui que viendra le sauveur d’Israël, le Christ.

Samuel, porte-parole de Dieu, instrument pour oindre les rois et pour annoncer le rejet de Saül, reçoit l’ordre de se rendre à Bethléem. Il est envoyé chez Jessé. Samuel part aussitôt, mais il ne sait pas lequel des fils de Jessé le Seigneur a choisi. Normalement, le premier-né devrait être la personne désignée. Samuel croit bien voir en cet homme beau et grand le roi que Dieu se choisit. Mais non : Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur (v. 7).

Dieu regarde le cœur

Dieu voit au delà des apparences ; il voit au fond des cœurs. Les Psaumes et le livre de Jérémie, en particulier, énoncent fréquemment cette vérité : Seigneur tout-puissant, toi qui juges avec justice, qui examines les reins et les cœurs (Jr 11,20). Et toi, Seigneur, tu me connais et tu me vois ; tu examines mon cœur, qui est avec toi (Jr 12,3 ; voir aussi Jr 17,10 ; 20,12). Même recours à Dieu dans les Psaumes, surtout lorsque le fidèle s’en remet au Seigneur pour obtenir justice contre ceux qui le persécutent (voir, par exemple, Ps 7,10 ; 17,3). Si les amis et les ennemis peuvent être aveugles ou, encore, mal voir, Dieu, quant à lui, voit les reins et les cœurs.

L’Esprit du Seigneur s’empara de David (v. 13)

Jessé a présenté ses fils, mais Samuel n’a trouvé en aucun d’entre eux l’élu de Dieu. N’as-tu pas d’autres garçons? – Il reste encore le plus jeune, il est en train de garder le troupeau (v. 11). On a un renversement complet de la situation. Bien loin de choisir l’aîné, ou le suivant, c’est le tout dernier, le plus jeune, qui sera choisi pour devenir roi. David, le plus jeune des fils de Jessé, ne dit pas un mot, ne prend aucune initiative : on l’envoie chercher.

C’est lui le personnage important de ce récit : nous ne nous mettrons pas à table tant qu’il ne sera pas arrivé (v. 11). Le petit berger, celui qui gardait le troupeau, est désigné par la parole de Dieu à Samuel : C’est lui! Donne-lui l’onction (v. 12).

Le récit du choix de David se contente d’énoncer les faits. Il ne fait pas mention des réactions ni de Jessé ni des frères de David. Il se contente de montrer que le choix vient de Dieu, que Samuel est le porte-parole de Dieu et son instrument, que l’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là (v. 13). L’un est mis de côté, l’autre est choisi. Le Puissant fit pour moi des merveilles... Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles (Lc 1,49,52).

Deuxième lecture : Éphésiens 5, 8-14

Dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière (v. 8)

Tous, Juifs ou païens, ont été admis au même héritage, sont devenus membres du même corps, associés à la même promesse, en Jésus Christ, par le moyen de l’Évangile (Ep 3,5-6). Dans la seconde partie de la lettre aux Éphésiens, l’Apôtre exhorte ceux qui ont été illuminés, ceux qui ont été baptisés et ainsi insérés dans le corps du Christ, à bâtir le corps du Christ : un seul Corps, un seul Esprit, une seule espérance ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous (Ep 4,4-6).

L’unité a éliminé la division antérieure ; la lumière du Christ a chassé les ténèbres. Autrefois, vous n’étiez que ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière (v. 8). Venus du judaïsme ou du paganisme, les premiers chrétiens comprenaient facilement cette opposition entre ténèbres et lumière, entre le monde des ténèbres et le monde de la lumière. Les chrétiens en sont venus à parler du baptême comme d’une illumination : les baptisés, parce qu’identifiés au Christ, sont illuminés ; ils sont devenus lumière, comme le dit la lettre aux Éphésiens. L’évangile de Jean, dans son prologue (Jn 1,1-18), insistera sur le Verbe qui est lumière et qui éclaire toute personne venant en ce monde. Si nous ne sommes pas partisans des ténèbres, vivons en fils de lumière.

Vivez en fils et filles de lumière

Si nous sommes dans la lumière, nous n’agirons pas en aveugles ni en partisans des ténèbres. Il faut noter comment la lettre aux Éphésiens, tant en ce qui concerne les ténèbres que la lumière, demande d’agir et aussi de faire un bon discernement : Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres... démasquez-les plutôt (v. 11). Plus important encore : Vivez comme des fils de la lumière… et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire à Dieu (vv. 8.10). Qui aime Dieu ne se contente pas d’éviter les ténèbres. Cette personne ne se contente pas de se mettre dans la lumière : elle démasque les ténèbres et cherche à plaire à Dieu.

Dans l’exhortation qui précède ces lignes, il était dit : Imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu’il aime ; vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même à Dieu pour nous (Éphésiens 5,1-2,TOB). Plaire à Dieu devient alors programme de vie, par la grâce de Dieu et parce que la lumière de Dieu est en nous, qui nous éclaire et qui nous permet de voir, en pleine lumière, tout ce qui se présente. De toutes les choses, leur réalité apparaît grâce à la lumière, et tout ce qui apparaît ainsi devient lumière (vv. 13-14).

« Réveille-toi, ô toi qui dors, et le Christ t’illuminera » (v. 14)

Par le baptême, nous avons été identifiés au Christ. Toute notre vie doit être une manifestation de notre amour pour le Christ, lui qui nous a aimés le premier. Mais, parfois, nous nous laissons emporter par la fatigue et le sommeil ; les ténèbres nous menacent. Il faut entendre, alors, le refrain cité à la fin de cette deuxième lecture : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera (v. 14). Le Christ est notre lumière et notre salut. Si nous vivons avec lui, nous veillerons avec lui. Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons (2 Timothée 2,11-12). À nous d’entendre cet appel adressé aux premiers chrétiens : Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d’entre les morts, issu de la race de David (2 Tm 2,8, TOB).

Léo Laberge était professeur d’exégèse à la Faculté de théologie de l’Université Saint-Paul. Ordonné prêtre en 1957, il est membre des Oblats de Marie immaculée (OMI).

Source : Le Feuillet biblique, no 2925. Première parution : 29 mars 1987. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.

Célébrer

Célébrer la Parole

Depuis l’automne 2017, le Feuillet biblique n’est disponible qu’en version électronique et est publié ici sous la rubrique Célébrer la Parole. Avant cette période, les archives donnent des extraits du feuillet publiés par le Centre biblique de Montréal.