La vision de la vallée des ossement desséchés. Francisco Collantes, 1630. Musée du Prado, Madrid (Wikipédia).

Ézéchiel 37 et Romains 8

Émilius GouletÉmilius Goulet | 5e dimanche du Carême (A) – 22 mars 2026

La mort de Lazare et sa sortie du tombeau : Jean 11, 1-45
Les lectures : Ézéchiel 37, 12-14 ; Psaume 129 (130) ; Romains 8, 8-11
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Ce texte, qui provient des archives du Feuillet biblique, est un complément au commentaire de l’Évangile proposé par Rodolfo Felices Luna.

Première lecture : Ézéchiel 37, 12-14

Les ossements desséchés

Notre lecture constitue la conclusion de la vision la plus impressionnante de tout le livre d’Ézéchiel : les ossements desséchés. La scène se passe en Babylonie, dans une vallée, sans doute celle de Tel-Abib, où avait eu lieu auparavant la grande vision de la gloire de Yahvé. Le prophète y fut emmené par l’Esprit, de la même façon qu’un jour Jésus sera conduit au désert. Sous ses yeux de voyant, deux réalités tout à fait contrastantes entrent en jeu : d’une part, des ossements desséchés et calcinés depuis longtemps ; c’est le signe évident de la mort ; d’autre part, l’esprit, souffle de vie, qui provient des quatre vents et réanime ces squelettes ; c’est le signe éclatant de la vie. Face à la mort, surgit la question de Yahvé : ces ossements vivront-ils? C’est une interrogation équivalente à une négation. Mais avec une conviction et une élégance, qui rappellent la triple confession de Pierre, le prophète répond : Seigneur Yahvé, c’est toi qui le sais (Éz 37,3). Humainement parlant, c’est impossible ; mais Dieu est le maître de la vie et de la mort ; le prophète se réfugie donc dans son ignorance face à la science et la puissance de Dieu.

Alors l’action commence. Un frémissement, un coup de tonnerre, un tremblement de terre, une théophanie! Et dans la vallée de la mort se manifeste la vie de Yahvé. Les os se rassemblent, les nerfs les recouvrent, la chair pousse et la peau se tend par-dessus... C’est alors qu’apparaît le premier homme-robot, semblable au petit homme de glaise du paradis. Tout comme ce dernier, il lui manque maintenant le plus important : le souffle de Yahvé, l’haleine de vie divine! Celle-ci vient ; aussitôt tous ces cadavres se mettent debout sur leurs pieds et deviennent des personnes, des êtres vivants et divins à la fois.

Après la vision, la parabole

À la vision, succède la parabole, l’interprétation faite par Dieu lui-même. Ces ossements, c’est la maison d’Israël. Pour le peuple de Dieu, tout semble perdu. En terre d’exil, il n’est plus qu’un tas d’ossements secs dans le désert. Les voilà qui disent : Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous (Éz 37,11). Mais Dieu fera revivre les ossements. Insufflant en eux son esprit, il leur redonnera puissance et prospérité. Il réalisera ainsi un miracle en faveur des exilés de son peuple. Ils sortiront de leurs tombeaux babyloniens, du pays de la mort, pour s’établir sur la terre de la vie. Ils réexisteront comme des êtres vivants et divins ; ils redeviendront des personnes libres, qui établiront des relations libres entre elles et avec Dieu. Tout cela sera l’œuvre exclusive de l’infusion de l’esprit de Yahvé : Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez (v. 14).

Le symbole de la résurrection de la chair

Il est certain que tout cet enseignement vise la libération de l’exil de Babylone et non la résurrection des morts comme nous l’entendons aujourd’hui ou comme l’ont compris bon nombre de Pères de l’Église et d’exégètes, depuis saint Justin et saint Irénée. Cependant, il n’est pas moins évident que le prophète a su créer une image d’ossements et d’esprit, de mort et de vie, qui a débordé son intention première et immédiate. En rattachant cette image à la création primitive, en évoquant les résultats macabres de la mort, en reconnaissant Dieu comme le Seigneur de la vie et de la mort, en annonçant le salut d’Israël historiquement mort... Ézéchiel a affirmé la victoire de la vie sur la mort, qui est l’essence même du mystère pascal. Le chrétien peut donc lire cette page prophétique, en y voyant le symbole de la résurrection particulière et universelle.

Deuxième lecture : Romains 8, 8-1

La faiblesse de la chair

Sous l’emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu (v. 8).

L’homme se trouve souvent dans une insupportable contradiction, dominé par un jeu de forces, qui l’aliène. L’attrait du bien et le désir du mal combattent en lui. Dans l’homme, il y a une force bien disposée, l’esprit, et une force qui résiste ou qui abdique face au devoir, la chair (voir Mc 14,38). La chair ne veut pas dire le corps ; ce mot désigne ce qui dans l’homme est faible, face au devoir et face au Dieu Saint. Dans sa lettre aux Galates, quand il parle des œuvres de la chair, saint Paul cite non seulement des vices en relation avec le corps, comme les beuveries ou l’immoralité sexuelle, mais aussi des désirs ou des sentiments, comme l’envie et l’ambition. La chair signifie dans l’homme tout ce qui est sujet à la tentation. Voilà pourquoi la lutte contre la chair n’est pas le mépris du corps. La liberté humaine se montre parfois limitée et impuissante face à la situation de péché existante dans le monde ; en d’autres termes, elle ne peut souvent rien faire contre certaines forces du mal qui entraînent l’humanité : gaucheries des hommes, difficultés du foyer, prolifération universelle de la pornographie, désirs de profiter du progrès de façon égoïste, etc. En nous, la chair se fait complice de tout cela. Où donc trouver la délivrance?

La vie de l’Esprit

Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l’Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes (v. 10). Pour le chrétien la situation est inversée, à partir du moment où il est justifié et où il entre dans l’Esprit du Christ ; en d’autres termes, lorsqu’au moment du baptême il est justifié ou sanctifié, l’orientation de ses désirs est transformée et l’attitude de rivalité avec Dieu disparaît ; car c’est l’Esprit même de Dieu qui désormais fait vivre le croyant en enfant de Dieu. Fini le temps où il était tourné vers la chair, c’est-à-dire vers les réalités périssables!

L’Esprit transforme sa manière d’être et de se comporter face à Dieu. Maintenant, il reconnaît Dieu comme Père. D’où il s’ensuit une adhésion joyeuse et sans crainte à tout ce que Dieu attend de lui. Il peut dire le Notre Père comme le Christ l’a enseigné.

La résurrection à la suite du Christ

L’Esprit de vie reçu au moment de la justification fonde la promesse de la résurrection des corps. Celui qui a reçu la justification possède un principe de vie interne qui est l’Esprit. En effet pour le chrétien justifié ou sanctifié par les eaux du baptême, le péché n’est plus qu’un cadavre devant lui, dont il ne saurait se servir ; car il possède en lui-même un principe de vie, qui transformera son corps mort en corps ressuscité. Cette transformation trouve son fondement dans l’analogie avec la résurrection du Christ : Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous (v. 11). Par son Esprit vivifiant, le Père a ressuscité le Fils et il ressuscitera les chrétiens qui dès maintenant vivent de la vie nouvelle des enfants de Dieu ; car, les justifiés possèdent en eux l’Esprit du Christ, qui achèvera en eux l’œuvre de transformation de leur corps humain, à la manière de celle réalisée dans la résurrection corporelle du Christ.

Émilius Goulet est archevêque émérite de l’archidiocèse de Saint-Boniface depuis 2009. Il est membre de la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice.

Source : Le Feuillet biblique, no 2926. Première parution : Feuillet biblique 1226, 5 avril 1987. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.

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