Vitrail de l’église anglicane Saint-Jean-Baptiste d’Ashfield en Australie (Wikipédia).

Le bon pasteur

Léo LabergeLéo Laberge | 4e dimanche du Pâques (A) – 26 avril 2026

Jésus pasteur et porte des brebis : Jean 10, 1-10
Les lectures : Actes 2, 14a.36-41 ; Psaume 22 (23) ; 1 Pierre 2, 20b-25
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.

Au chapitre 9 de l’Évangile de saint Jean, Jésus donnait à l’aveugle de naissance la lumière des yeux. Jésus donnait la vue, car il était lui-même la lumière. Au chapitre 10, Jésus se présente comme le véritable pasteur, qui donne la vie : le pasteur des brebis, c’est celui qui entre dans la bergerie par la porte. Il connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Bien plus, Jésus, le vrai berger, est lui-même la porte par laquelle nous entrons dans le royaume de Dieu. C’est en passant par lui que nous serons sauvés, que nous aurons la vie. Ces deux images sont développées dans l’évangile d’aujourd’hui. Mais, si l’on continue la lecture, on voit Jésus affirmer : Je suis le bon pasteur. Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis (Jn 10,11). Le Christ a donné sa vie pour nous ; le Christ nous a donné la vie.

Il peut paraître étonnant de passer d’une image à l’autre : Jésus passe par la porte ; il est lui-même la porte par laquelle passent les brebis ; bien plus, il est le vrai berger ou le bon pasteur. Mais, cette succession des images ou comparaisons nous fait voir qu’il faut prendre la totalité des images pour en arriver à comprendre les divers aspects de l’enseignement que le Christ veut nous donner, en tant qu’auteur de notre vie surnaturelle, en tant que médiateur de la vie que le Père nous donne par lui, en tant qu’il est celui que nous voulons suivre, comme les brebis reconnaissent la voix de leur vrai pasteur.

Celui qui entre par la porte, c’est lui le berger des brebis

Amen, amen, je vous le dis. Dans l’Évangile de saint Jean, cette introduction solennelle attire l’attention sur des paroles importantes de l’enseignement de Jésus. Nous trouvons cette formule deux fois dans notre texte (vv. 1.7). Avant d’introduire la deuxième mention de cette formule, il est dit : Jésus employa cette parabole... mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire (v. 6). Ou plutôt, comme cela nous arrive à nous aussi : nous ne voulons pas comprendre.

La comparaison montre que ceux qui ne passent pas par la porte sont des voleurs : ils passent par-dessus le mur de l’enclos. Ils viennent faire du tort aux brebis. Comme le chapitre 9 se terminait par une dispute entre Jésus et les pharisiens, on peut croire que le chapitre 10 montre Jésus parlant aux pharisiens (ce que fait notre lecture). On peut aussi bien croire que ce chapitre s’adresse à la foule des auditeurs de Jésus, qui ne comprend pas seulement des pharisiens. De fait, nous qui entendons cet évangile, nous écoutons le Christ qui s’adresse à nous. Ne sommes-nous pas, parfois, tentés d’entrer par un autre endroit que la porte? Attention de ne pas agir en pharisiens!

Celui qui entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis (v. 2). Le berger entre par la porte. Il est même question d’un portier qui ouvre la porte à celui qui veut entrer. Ce serait forcer la note que d’essayer de voir qui peut être ce portier de la bergerie. Chose certaine, l’image de la bergerie tend à se développer et à prendre la forme d’une maison, avec son personnel. Les brebis elles-mêmes agissent de manière bien humaine. La comparaison nous conduit à réfléchir sur notre manière de suivre le Christ.

Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Le berger appelle chacune par son nom, et il les fait sortir... Il marche à leur tête, et elles le suivent (vv. 3-4). Nous, qui avons entendu souvent proclamer ces paroles de l’évangile, nous ne pensons plus à ce que pouvaient avoir de neuf les paroles de Jésus s’adressant à la foule et aux disciples. La Première lettre de Pierre, qui sert aujourd’hui de deuxième lecture, nous montre bien comment l’enseignement de Jésus a été compris. D’ailleurs, une des meilleures façons de faire saisir le sérieux de l’engagement chrétien a toujours été de montrer que, par le baptême, le Christ nous a donné sa vie et que nous sommes invités à marcher à sa suite. Pour marcher à la suite du Christ, il faut le connaître et, surtout, il faut avoir été appelé par lui.

Il marche à leur tête, et elles le suivent car elles connaissent sa voix (v. 4). C’est là notre programme de vie : marcher à la suite du Christ, aimer Dieu, parce qu’il nous a aimés le premier et qu’il attend de nous une réponse d’amour. La Première lettre de saint Jean ira jusqu’à dire : Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ; et nous le sommes! Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : il n’a pas découvert Dieu (1 Jn 3,1, TOB). S’il y a un vrai berger, il y a aussi les vraies brebis, celles qui reconnaissent la voix de leur maître et pasteur. Elles ne se laissent pas entraîner par la voix des inconnus (v. 5).

Je suis la porte, qui passe par moi sera sauvé

Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis (v. 7). L’image est changée. Le Christ est maintenant la porte par laquelle passent les brebis, pour avoir la vie en abondance. C’est souligner que le Christ se présente comme le médiateur, comme celui qui conduit au Père, celui par qui nous recevons la vie. D’ailleurs, les derniers versets de l’évangile d’aujourd’hui nous orientent vers le Christ qui est la porte : Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage (v. 9). Pour les brebis, c’est là l’abondance de la vie ; circuler librement pour pouvoir trouver les meilleurs pâturages.

On remarquera que, dans la suite des images employées ici, il n’est jamais question du refus que pourraient mettre les brebis. Ce sont les brebis du bon pasteur ; elles connaissent leur maître. Même plus, l’observation que fait Jésus ne peut s’appliquer qu’aux humains : des brebis, source de comparaison, on est passé au fidèle disciple de Jésus : Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. L’on sent ici que l’on est passé insensiblement, du monde des brebis qui trouvent eau et pâturage en abondance, au monde des frères et des sœurs en humanité qui suivent Jésus le bon pasteur qui donne non seulement la vie sauve mais, encore mieux, qui donne le salut.

Saint Jean nous a habitués à lire son évangile en tenant compte des niveaux de plus en plus riches d’interprétation auxquels il nous conduit. La protection accordée aux brebis, pour qu’elles aient la vie sauve, est dépassée amplement lorsqu’il est question du salut dans le Christ qui nous donne la vie en abondance, cette vie de Dieu, qui nous permet d’aller et de venir dans les gras pâturages de son royaume. C’est la vie en abondance, c’est la grande liberté des enfants de Dieu. Saint Augustin avait bien compris ce message, lorsqu’il disait : « Aime, et fais ce que tu veux ». Qui aime Dieu, trouvera, comme par instinct, la volonté de Dieu.

Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu (1 Jn 4,7, TOB). Amour, vie et connaissance : tout cela nous est donné dans le Christ notre pasteur véritable. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance (v. 10).

Première lecture

Pâques, c’est la fête de la vie, de la gloire du Christ ressuscité. C’est aussi la fête de cette vie qui nous est donnée dans le Christ, mort et ressuscité pour notre salut. C’est la fête de notre vie dans le Christ, de notre vie en Église. Voilà une bonne raison pour la liturgie de nous rappeler, au temps de Pâques, les débuts de la communauté chrétienne, rassemblée autour des Apôtres, dont Pierre se fait le porte-parole : lui qui avait renié son maître se montre maintenant plein d’assurance. Il proclame ouvertement que le salut passe par le Christ Jésus, le Messie et le Sauveur de toute l’humanité.

Jésus crucifié : Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ

C’est le troisième dimanche de suite que la liturgie proclame, comme première lecture, un texte tiré du deuxième chapitre du livre des Actes des Apôtres. On y parle de la première Pentecôte, qui reste l’exemplaire de toutes nos pentecôtes, dans la vie de l’Église. Remplis de l’Esprit, les disciples annoncent les merveilles de Dieu, que la foule, venue du monde entier, comprend dans chacune des langues qui se parlaient parmi les pèlerins venus à Jérusalem.

Notre lecture commence par les tout derniers mots du discours de Pierre expliquant à la foule ce qui se passe. Aux vv. 14-36, le livre des Actes nous donne un bel exemple de prédication adressée aux Juifs, avec citations de l’Écriture Sainte, pour montrer l’accomplissement des promesses, transmises par les prophètes et par David. Profession de foi des disciples, énoncée par Pierre qui proclame que Jésus est bien le Messie, le Christ. Lui, qui avait été envoyé par le Père, a été crucifié, mais il ne pouvait pas connaître la mort et Dieu l’a ressuscité. Ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ (v. 36). Seigneur de gloire, le Messie véritable, le Christ, celui qui avait reçu l’onction : descendant de David, roi messianique et grand prêtre de la nouvelle Alliance.

 « Frères, que devons-nous faire? » (v. 37)

La foule est complètement remuée. Elle veut aller plus loin. Aucune hostilité ne se manifeste : Frères, que devons-nous faire? Le message s’adresse à toutes les générations. Pierre énonce les étapes du salut : Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit (v. 38). Il n’est pas d’autre chemin de salut. Se convertir, c’est transformer son esprit, le changer pour le rendre malléable, capable de répondre à l’appel de Dieu. C’est le point de départ pour une transformation intérieure sous l’action de Dieu, car Dieu ne veut pas nous sauver sans nous. Après la transformation intérieure, vient le baptême au nom de Jésus : mourir avec le Christ dans l’eau du baptême pour en ressortir vivant de la vie de Dieu. Salut, pardon des péchés, nouvelle vie dans le Christ.

La prédication de Pierre à Jérusalem n’est qu’un point de départ, car cette prédication atteindra tous les peuples de la terre, comme le laissent entendre les expressions empruntées aux prophètes : C’est pour vous que Dieu a fait celle promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin (voir Isaïe 57,19), tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera (v. 39) (voir Joël 3,5).

Deuxième lecture

Dans le cadre d’une exhortation sur les devoirs des chrétiens, la lettre de saint Pierre nous renvoie directement à l’exemple fourni par le Christ. Dans une communauté qui connaît souffrances et persécutions, le souvenir et l’exemple du Christ souffrant est apte à redonner courage. Si l’on vous fait souffrir alors que vous avez bien agi, vous rendrez hommage à Dieu en tenant bon (v. 20). Tenir bon, cela veut dire persévérer, durer dans la grâce de Dieu. Ce n’est pas la souffrance qui est recherchée comme telle, mais c’est de tenir bon dans l’union au Christ. Le Christ lui-même a souffert pour vous (v. 21).

Le Christ, serviteur souffrant

À partir de citations tirées d’un des « chants du Serviteur de Yahvé » (Is 53), la communauté qui souffre se voit proposé l’exemple du Christ, Serviteur de Dieu, Serviteur souffrant. Pourrait-on trouver meilleur modèle à imiter? Le chapitre 53 du livre d’Isaïe semble bien faire partie de la prédication de la communauté primitive concernant Jésus, qui a souffert pour vous (voir Ac 8,32 ; voir l’usage qui en est fait dans les récits de la Passion ; voir surtout Rm 4,24-25 : Nous croyons en Celui qui a ressuscité d’entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification, TOB).

Pour que nous puissions mourir au péché et vivre dans la justice

Partis de considérations sur la persévérance à vivre unis à Dieu, malgré l’opposition humaine, nous voilà conduits à réfléchir sur le mystère de la rédemption. Sur le bois de la croix, le Christ a porté nos péchés... C’est par ses blessures que vous avez été guéris (v. 24) (voir Is 53,6). Comme pour la première lecture, dans la prédication de Pierre au jour de la Pentecôte, nous passons de la mort à la vie par la conversion et la grâce du baptême : afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice (v. 24). Ici, comme dans le reste de l’Écriture Sainte, la justice renvoie à la justice de Dieu, à la grâce qui fait de nous des enfants de Dieu, par la vie que Dieu nous donne. C’est bien autre chose qu’une simple question de justice humaine!

« Vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous » (v. 25)

Vous étiez errants comme des brebis... (v. 25). Avec ce verset, le lien est fait avec non seulement l’évangile d’aujourd’hui, mais aussi avec les Prophètes et avec les Psaumes, sans oublier les passages où il est question de David, qui était berger, et que Dieu a choisi pour en faire le guide de son peuple. Jésus, comme roi messianique, nous amène à réunir tous ces textes, pour en comprendre la portée réelle. Le chapitre 34 d’Ézéchiel contient une longue prophétie contre les bergers d’Israël, qui ont laissé les brebis s’égarer : ces bergers se paissent eux-mêmes au lieu de paître les brebis d’Israël.

Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous. De la mort à la vie, de la dispersion au rassemblement sous le berger véritable, voilà le résultat de notre insertion dans le Christ, qui nous donne la vie de Dieu. Le Christ, bon pasteur : l’image a nourri de tout temps la réflexion chrétienne sur le rôle du Christ, celui qui veille sur vous (en grec, « qui veille » se dit episkopos, le terme qui a donné notre mot « évêque »). D’ailleurs, en contexte chrétien, « pasteur » et « pastorale » renvoient au Christ, le souverain berger (1 P 5,4), qui nous donnera la couronne de gloire.

Léo Laberge était professeur d’exégèse à la Faculté de théologie de l’Université Saint-Paul. Ordonné prêtre en 1957, il est membre des Oblats de Marie immaculée (OMI).

Source : Le Feuillet biblique, no 2931. Première parution dans l’édition imprimée du 3 mai 1987. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.

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