« C’est donc toi, fils d’homme, que j’ai établi guetteur pour la maison d’Israël; tu écouteras la parole qui sort de ma bouche et tu les avertiras de ma part » (Ezéchiel 33, 7).
Le rôle du guet était essentiel dans les temps anciens. Il devait surveiller les alentours afin d’éviter d’être surpris par le danger, ce dernier pouvant arriver de n’importe où, du dedans (les incendies, un voleur,…) comme du dehors (une troupe ennemie, un ouragan,…). La mission du guet était de repérer le danger et de le faire savoir haut et fort à la population. En général, il était prudemment écouté ! A noter que personne ne lui demandait de faire disparaître le danger à lui tout seul : pour cela chacun dans la cité devait faire sa part.
Comme le prophète, nous sommes appelé à jouer ce rôle crucial pour nos concitoyens: dénoncer tous les dangers venant du non respect de la parole qui sort de la bouche de Dieu. Et cette parole est une exigence de justice et de paix. Il s’agit donc pour nous de dénoncer haut et fort tous les agissements injustes, tous les manquements à la paix… et quand, chaque matin, le monde nous explose en pleine face au moment des informations, cela devient un défi d’envergure. Comment résister à ce flux de catastrophes générateur d’injustices quand il déboule en temps réel dans notre salon ? Comment résister surtout à la peur et au découragement qu’il suscite en nous ?
« Le monde est dangereux non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire » disait Albert Einstein. Mettre une distance subjective entre nous et « l’autre », quel qu’il soit, un mur de prétextes et d’excuses qui nous met à l’abri de l’overdose d’horreurs, se replier sur soi et refuser de se sentir concerné sont clairement des comportements irresponsables. Notre silence quotidien mène notre monde à sa perte. Si le guetteur ne dit rien quand le danger est là, n’a-t-il pas sa part de responsabilité dans l’horreur qui s’en suivra ?
Je n’ai pas de réponse toute faite à ma première question, comment résister à cette overdose d’horreurs ? Comment résister à la peur et au découragement qui en découlent ? Mais ce que je sais, c’est que si je me tais, je me rends complice de l’injustice et de ses conséquences. Dieu me promets d’être toujours à mes côtés dans cette lutte, y compris en me protégeant de la peur et en me redonnant espoir jour après jour. Alors je me lève, dans la mesure de mes petits moyens, et je dénonce… en espérant que tous mes frères et sœurs en Christ en feront autant, chacun à sa mesure… Il n’y a qu’à cette condition que nous serons, peut-être, prudemment écouté…