« Marie dit alors : « « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ! » Et l’ange la quitta.» Luc 1, 38
Qu’espérais-tu Marie, quand tu as dit : « Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ! » ? As-tu pensé à ta réputation… ou avais-tu en tête la libération de ton peuple par ce Messie, Roi des armées, attendu depuis si longtemps ? As-tu imaginés la fuite, la peur, l’exil… ou as-tu vu la gloire du trône de David restauré à Jérusalem ? As-tu seulement réalisé que tu deviendrais une petite-mère-souffrance … ou pensais-tu recevoir en cadeau un destin de reine ?
Qu’espérais-tu Marie, quand tu as dit ce « oui » inconditionnel à l’ange ? Était-ce vraiment, comme des théologiens le prétendent, un oui de totale abnégation… ou au contraire un oui plein d’espérance et d’enthousiasme ?
Qui ose te prétendre bienheureuse, toi qui a souffert plus qu’aucune femme ne peut supporter : la peur pour son enfant, le dénuement de l’exil, le reniement même de ce fils tant aimé, puis cette intolérable douleur de celle qui voit souffrir et mourir la chair de sa chair… Même la gloire de la résurrection ne peut pas effacer cela.
Et pourtant Marie, tu m’impressionnes ! Parce que même si la suite de l’histoire a détruit tes rêves de jeunes filles, même si la promesse de Dieu ne correspondait pas à tes espérances, tu as été fidèle à ton oui ! Tu as été là, du début jusqu’à la fin… cette fin qui n’en est pas une, car elle porte en elle l’espérance du monde !
Vois-tu Marie, dans ce temps de l’Avent, de l’attente, je m’interroge… Nous, chrétiens, attendons le retour du Messie dans toute sa gloire ! Nous attendons l’avènement d’un royaume de Paix et d’Amour qui viendra supplanter tous les royaumes terrestres. Nos rêves ne sont pas si éloignés de tes rêves d'adolescente. Mais les plans de Dieu ne correspondent pas souvent à ces espérances folles… Saurons-nous, comme toi, rester fidèles à notre « oui » et accueillir ce Royaume quand il survient fragile, là où on ne l’attend pas, quand il se laisse voir au cœur de la souffrance et de la mort même, quand il faut le protéger, lui donner nos forces, lui prêter nos regards et nos mains ?
Parfois je me demande Marie, si nous ne sommes pas éboulis par la gloire promise d’un Dieu tout en puissance et en force… qui nous empêche de voir qu’Il est déjà là parmi nous, comme à son habitude, dans la discrétion et la fragilité…