Au cœur du fameux « Sermon sur la montagne », Jésus se montre très dur envers les « scribes et les pharisiens ». Les scribes sont des érudits des Écritures qu’ils sont appelés à commenter en tant qu’experts. Les pharisiens sont des croyants qu’on pourrait qualifier de « radicaux ». Ils veulent en tout point respecter la Loi de Moïse qui compte 613 préceptes dont 218 formulés positivement (« Tu feras ») et 365 formulés négativement (« Tu ne feras pas »). Toutes ces règles, selon la tradition hébraïque, constituent la Loi au sens strict et absolument rien, selon Jésus (cf. Matthieu 5, 18), ne peut en être retiré. Sur ce point, les pharisiens sont positivement des « intégristes », des « fondamentalistes » lorsqu’ils appliquent à leur propre vie l’ensemble de ces préceptes.
C’est cependant ici que Jésus intervient contre eux. S’ils se limitaient à chercher à être de bons religieux et à accomplir l’ensemble de ces préceptes pour eux-mêmes, il n’y aurait rien à dire concernant leurs probables manquements. Mais comme ils se croient supérieurs en vertus et en soumission à la Loi, ils jugent de haut tous les autres qui ne leur arrivent pas à la cheville ! Ils se permettent d’imposer aux plus faibles des règles qu’ils interprètent souvent en leur faveur. De plus, l’accomplissement de toutes ces pratiques ne semble pas rendre leur cœur plus ouvert et plus charitable à leurs semblables. C’est là le signe que leur soumission n’est qu’extérieure. Ils se donnent eux-mêmes leur propre justification devant le Créateur, s’élevant ainsi à sa hauteur.
Si nous nous fions à la parole de Jésus, surpasser la justice des scribes et des pharisiens est à la mesure de n’importe qui. En effet, en acceptant de nous situer sur le chemin des Béatitudes (cf. Matthieu 5, 1-12), nous nous en remettons à Dieu pour qui rien n’est impossible. Être « bienheureux », c’est accepter de ne pas être figés par les conditions qui nous maintiennent dans l’injustice et dans la non-liberté, c’est être en marche. Le cœur de l’humain est fait pour aimer. Aimer Dieu et aimer son semblable. Les scribes sont des analystes au cœur froid et les pharisiens ne font que s’aimer eux-mêmes, oubliant Dieu et les autres. Si la religion conduit à l’amour de soi aux dépens des autres et aux dépens de l’Autre, elle n’est qu’hypocrisie.