Frayeur, crainte! Il nous arrive de penser qu’il aurait été plus simple de croire si nous avions eu la possibilité de suivre Jésus au temps de son passage terrestre. Le voici qu’il se montre déterminé à se rendre à Jérusalem après avoir annoncé à ses disciples la fin qui l’attend : capture, humiliation, torture, condamnation et crucifixion! Un tel scénario a de quoi susciter la peur pour celles et ceux qui marchent dans ses pas.
Il est difficile de comprendre que, dans un tel contexte, c’est plutôt de savoir qui est le plus grand parmi eux qui constitue leur principale préoccupation! Pour un lecteur contemporain, cette attitude a quelque chose de choquant et démontre le peu de compassion pour ce que Jésus s’apprête à vivre ou, pire, leur incrédulité totale, du genre : « Bon, il dit cela, mais puisqu’il est l’Envoyé de Dieu, rien de tel ne lui arrivera! » Cette attitude tranche avec celle de la frayeur mentionnée plus tôt… Or, on le sait, en suivant Jésus qu’ils considéraient comme le Messie, les disciples avaient l’espoir d’un renversement politique et religieux. C’est la mission que devait remplir l’Élu et non pas comme un « loser » qui annonce sa propre perte. Ils se disent qu’il prononce ces paroles pour des motifs mystérieux et ils passent aux choses sérieuses : le règne qu’il vient instaurer. Et dans ce nouveau royaume, il faudra bien que le roi établisse sa hiérarchie. Qui sera le premier ministre? C’est la question qui brûle les cœurs ambitieux des disciples.
En mettant un enfant au centre du groupe et en leur indiquant que celui-ci a plus à leur apporter que les grands et les puissants, Jésus opère le véritable renversement qu’il est venu réaliser. Cet enfant qui n’a rien à leur offrir pour nourrir leur envie de pouvoir, c’est lui et tous ceux qui sont comme lui qu’il leur faudra « accueillir » s’ils veulent accueillir Jésus lui-même après son départ. Le Christ n’a rien pour les ambitieux sinon une invitation à leur propre conversion qui produit des fruits de gratuité et de compassion.