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« En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’ S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : ‘Le règne de Dieu s’est approché de vous.’ » (Lc 10, 1-9)
Quand on parle de disciples on pense tout de suite aux douze, et peut être même au fameux tableau de Léonard de Vinci représentant la dernière cène. Mais le groupe des disciples est à quantité variable dans l’évangile de Luc. Il y a un groupe de trois qui sont présents à des moments privilégiés comme lors de la résurrection de la fille de Jaïros (Lc 8,51) ou de la transfiguration (Lc 9,28). Il y a aussi le groupe des douze que Jésus a choisi après une nuit de prière (Lc 6, 12-13). Les douze sont certainement les disciples les plus connus de Jésus. Mais seul Luc parle d’un groupe de 72 (ou de 70 selon les manuscrits). Cette information lucanienne a plusieurs effets. Premièrement elle fait un lien avec Moïse en rappelant le groupe des soixante-dix anciens qui étaient autour de Moïse (Ex 24,1). Il y a ainsi dans l’évangile de Luc plusieurs indices reliant le personnage de Jésus à celui de Moïse. Par exemple Jésus est éprouvé dans le désert pendant quarante jours (Lc 4,1-12) alors que Moïse a lui aussi passé quarante jours dans la présence de Dieu (Ex 24,18; 34,28). Jésus a été transfiguré sur une montagne (Lc 9, 29) tout comme Moïse qui devait couvrir son visage resplendissant (Ex 34, 29). Jésus choisit douze disciples (Lc 6, 13) comme Moïse qui avait choisi douze responsables d’Israël (Nb 1, 44). Ces indices ont pour but de souligner la prophétie faite par Moïse lui-même : C'est un prophète comme moi que le SEIGNEUR ton Dieu te suscitera du milieu de toi, d'entre tes frères; c'est lui que vous écouterez (Dt 18.15). Luc présente ainsi Jésus comme étant ce prophète comme Moïse, celui que l’on doit écouter, comme l’a rappelé la voix venue du ciel : Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai élu, écoutez-le! (Lc 9, 35). Deuxièmement le groupe des soixante-douze a pour effet d’élargir le groupe des douze. Luc universalise l’évangile qui ne doit pas être circonscrit aux douze (surtout aux douze qui font allusion aux tributs d’Israël), mais doit être ouvert à un plus grand nombre. Luc va encore plus loin en laissant ce groupe ouvert : La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson (Lc 10, 2). Le lecteur de l’Évangile lucanien doit ainsi se sentir concerné par cette moisson qui est abondante et qui malgré les soixante-douze manque d’ouvriers. Les chrétiens d’aujourd’hui doivent donc répondre aux paroles de Jésus en priant le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers. Cependant, si nous sommes vraiment sincères, nous devrions non seulement prier pour plus d’ouvriers, mais aussi nous engager en disant : envoie-moi, moi aussi.

Réflexion précédente :
Réflexion du 21 juin 2016
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