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Un mic drop après une réponse percutante
Francis Daoust | 30e dimanche du temps ordinaire (A) – 25 octobre 2026
Le premier de tous les commandements : Matthieu 22, 34-40
Les lectures : Exode 22, 20-26 ; Psaume 17 (18) ; 1 Thessaloniciens 1, 5c-10
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.
Tu es dans une réunion de famille ou de travail, dans une soirée avec des amis ou dans la chambre de l’équipe auprès un match chaudement disputé. Tout à coup la discussion tourne autour de la religion. Tu grimaces intérieurement en entendant les traditionnels préjugés et les habituelles mauvaises conceptions, mais tu conserves un visage impassible. Puis quelqu’un demande : « Eh toi, t’es croyant. C’est quoi au juste être chrétien? » Les regards se tournent alors tous vers toi. Tu parles rarement de ta foi, mais là tu as une occasion en or de le faire. Ton cœur se met à battre plus vite. Pas le temps pour un long exposé ; il faut une réponse courte et claire. C’est comme dans la chanson d’Eminem : tu as une seule chance, une seule opportunité, est-ce que tu vas la saisir ou l’échapper?
Les Écritures à la rescousse
Heureusement, la lecture d’aujourd’hui peut t’éclairer pour ta réponse. Dans cet extrait tiré de l’Évangile de Matthieu, un docteur de la Loi demande en effet à Jésus quel est le plus important des commandements. Il s’agit évidemment d’un piège, car il existe six cent treize de ces règles. Ce spécialiste de l’étude de la Torah, cet habitué de la grande Jérusalem, croit être assuré de prendre en défaut le prédicateur itinérant venant de la profonde Galilée, car ce dernier a six cent douze chances de se tromper et une seule de s’en tirer! C’est encore comme dans la chanson : tous les regards sont tournés vers le Nazaréen, qui doit donner rapidement une réponse courte et claire.
Mais Jésus réplique, sans hésiter, en citant Deutéronome 6,5 : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Voilà le grand, le premier commandement. » Nous seulement déjoue-t-il le piège du docteur de la Loi en donnant la bonne réponse sur six cent treize possibilités, qu’il en remet en fournissant quel est le deuxième plus grand commandement, en se référant cette fois à Lévitique 19,18 : « Et le second lui est semblable : Tu aimerais ton prochain comme toi-même. » Son assurance est telle qu’il conclut ainsi : « De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » (Matthieu 22,40) Jésus a véritablement cloué le bec de ses adversaires puisque l’épisode se termine par cette remarque : « Personne n’était capable de lui répondre un mot et, à partir de ce jour-là, nul n’osa plus l’interroger. » (v. 46)
Pourquoi aimer Dieu?
Mais pourquoi devons-nous aimer Dieu? Parce qu’il est puissant, parce qu’il est juste, parce qu’il est vérité? Ces attributs divins de Dieu existent tous, mais si le Deutéronome prescrit une attitude d’amour envers lui, c’est en raison de son identité profonde.
La première lecture d’aujourd’hui, tirée du livre de l’Exode, indique en effet que Dieu est un être de compassion. Il n’est pas resté indifférent aux souffrances des Hébreux soumis à l’esclavage en Égypte (Exode 22,20) et il agira s’il entend la veuve, l’orphelin ou le pauvre crier vers lui (22,22.26). Plus loin dans le même livre, il se présente d’ailleurs ainsi, lorsqu’il passe devant Moïse au mont Sinaï : « Yahvé, Yahvé, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » (34,6) Ce n’est pas un long exposé exhaustif, mais un résumé court et précis qui se concentre sur l’essentiel de son identité. Dieu est beaucoup de choses, mais il est d’abord et avant tout amour. C’est la raison pour laquelle il requiert notre affection : pour nous inclure dans une relation d’amour réciproque.
Pourquoi aimer notre prochain?
Dieu souhaite inclure toute l’humanité dans cette relation d’amour mutuel. C’est la raison pour laquelle il nous demande d’agir avec compassion envers notre prochain. Se faisant, nous devenons semblables à lui, lorsqu’il fut sensible à la voix des Hébreux opprimés. Être à la ressemblance de Dieu, n’est-ce pas le projet de ce dernier lorsqu’il décida de créer l’être humain à son image (Genèse 1,26-27)?
Dans notre existence, nous vivons tous des hauts et des bas. Le projet de compassion de Dieu est donc adapté à toutes les situations. Lorsque nous passons par des moments difficiles, nous pouvons compter sur sa présence et celle de toutes les personnes qui, comme lui, sont sensibles à la souffrance des plus démunis. Et lorsque nous faisons l’expérience de moments de bonheur, loin de nous ignorer, il nous invite à être des partenaires de son grand dessein d’amour pour toute l’humanité, voire pour toute la création.
Une solide réponse!
Tous les regards sont donc tournés vers toi. Certains sont bienveillants, plusieurs sont neutres et curieux, d’autres encore sont hostiles. Tu réponds alors : « Être chrétien, c’est aimer un Dieu compatissant, qui relève les gens, en particulier les plus vulnérables. Et c’est devenir comme lui en aimant son prochain comme soi-même. » Voilà une réponse brève et claire, qui va à l’essentiel et qui pourrait toucher bien des personnes en recherche de sens dans leur propre vie. Un mic drop [1] digne d’Eminem!
Francis Daoust est bibliste et directeur de la Société catholique de la Bible (SOCABI).
[1] « Un mic drop est le fait de lâcher son micro à la fin d’une performance ou d’un discours jugé particulièrement réussi par la personne qui l’a réalisé. » (page Wikipédia consultée le 21 septembre 2026).
Source : Feuillet biblique 2948. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.
