Initiale N – psaume 75. Psautier de Saint-Alban, vers 1130.
Dombibliothek Hildesheim (photo © Hildesheim, St Godehard).

Dieu grand et redoutable :
le Psaume 76 (75)

Jean GrouJean Grou | 25 septembre 2023

Lire le psaume (version liturgique)

Le Psaume 76 (75) compte parmi les rares à ne figurer nulle part dans le Lectionnaire romain. S’il en est ainsi, c’est probablement parce que son vocabulaire guerrier, ses images à saveur militaire ne sont peut-être pas très inspirantes pour la prière. Est-il pourtant dépourvu d’intérêt, sans portée spirituelle ? Voyons de plus près…

Ce psaume relativement court (13 versets), célèbre la grandeur et la puissance de Dieu, le dépeignant comme un guerrier victorieux. Il a peut-être été composé à la suite d’un affrontement militaire remporté par les Israélites, pour rappeler à ceux-ci à qui ils doivent cet exploit.

Le Seigneur apparaît ici sous des traits redoutables, plutôt menaçants même, exerçant la fonction de juge. Une image en tous points conforme au « Dieu de l’Ancien Testament » tel qu’on se le représente parfois, mais qui ne rend pas justice à l’ensemble de la littérature biblique qui le dépeint aussi parfois comme un parent tendre et attentionné.

« Son nom est grand »

Dès le départ, le verset 2 exprime la conscience du peuple d’Israël que Dieu s’est révélé à lui de manière particulière. Il a choisi, en effet, un endroit précis de la planète pour se faire connaître. Bien plus, « en Israël, son nom est grand ». Dans la littérature biblique, le nom n’est pas qu’une étiquette. Il constitue, pour ainsi dire, l’expression profonde de la personne. Dieu s’est donc révélé en Israël comme nulle part ailleurs.

Les versets 3 et 4 apportent des précisions : non seulement Dieu s’est-il fait connaître en Juda et en Israël mais plus, précisément, dans la capitale, Jérusalem, appelée ici Salem. Le choix de cette appellation, qui remonte à un lointain passé, est sans doute significatif. En effet, le nom Salem évoque la paix, signe que le désir profond du Seigneur est l’harmonie sur la planète. Il ne vient pas conquérir le monde ou asservir des peuples mais pour rétablir la bonne entente et la solidarité entre les humains. Pour ce faire, déclare le psaume, « il a brisé les traits de l’arc, l’épée, le bouclier et la guerre » (v. 4). Autrement dit, Israël ne revendique pas la victoire sur l’ennemi ; il en attribue le mérite à Dieu qui a combattu à ses côtés.

Une victoire décisive

À partir du verset 5, changement de posture : on continue à parler de Dieu, mais en s’adressant directement à lui. On insiste en décrivant l’issu du combat avec une certaine emphase (v. 5-7). On pourrait avec raison s’interroger sur l’idée que le Seigneur prend part ainsi aux hostilités et frappe un groupe en particulier au bénéfice d’un autre. Mais dans le cas présent, on peut évoquer la légitime défense. Au cours de son histoire, en effet, Israël a été beaucoup plus souvent victime d’attaque qu’assaillant, plus souvent pillé que pillard. On assiste ici, pour ainsi dire, à un juste retour des choses. La « montagne de butin » (v. 5) représente peut-être ce qui avait été dérobé un jour à Jérusalem et qui lui aurait été restitué.

Pour « tous les humbles de la terre »

Le verset 9 décrit Dieu comme un juge qui règne sur toute la terre et provoque même la peur, mais c’est dans l’unique but de « sauver tous les humbles de la terre ». La perspective s’élargit ici. Jusqu’à présent, en effet, on avait l’impression que l’action divine s’exerçait uniquement au bénéfice de son peuple. Mais le psaume proclame maintenant que la toute-puissance de Dieu se déploie en faveur des plus vulnérables, de tous les horizons.

Au verset 11 se trouve une affirmation, adressée à Dieu, qui peut sembler étrange : « La colère des hommes te rend gloire quand les survivants te font cortège. » Autrement dit, ceux qui ont exercé leur colère contre Israël en s’acharnant sur lui a donné l’occasion à Dieu de montrer sa gloire en la personne des survivants qu’il a sauvé du péril et qui lui font maintenant un joyeux cortège.

Reconnaissance et action de grâce

À partir du verset 12, changement d’interlocuteur : on s’adresse directement à l’auditoire, à l’assemblée, en lui lançant une invitation à se tourner vers le Seigneur. C’est le seul passage de ce psaume à comporter une évocation à caractère liturgique : exhortation à prononcer des vœux (des prières de demande), à se rassembler (« vous qui l’entourez ») et à porter une offrande. L’action de Dieu en faveur de son peuple suscite chez celui-ci une expression de reconnaissance et d’action de grâce.

Enfin, au verset 13, la boucle est bouclée : on vante la grandeur de Dieu comme dans les premiers versets. Il s’agit, en quelque sorte, du point final, avec le souffle des princes qui s’éteint, ce qui revient à dire qu’ils ont perdu la vie ou que leurs actions se sont finalement révélées vaines.

Au bout du compte…

Comme nous le mentionnions au départ, ce psaume n’est peut-être pas le plus inspirant pour la prière, avec son vocabulaire guerrier et sa manière de dépeindre Dieu sous des traits presque terrifiants. Mais il faut sans doute, comme c’est le cas pour nombre de psaumes, aller au-delà d’une lecture littérale et l’aborder d’un point de vue chrétien. En effet, la plus grande victoire contre l’ennemi universel n’est-elle pas celle du Christ sur la mort ? La « montagne de butin » qui nous attend, n’est-elle pas la vie nouvelle et éternelle à laquelle nous aspirons ?

Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.

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Psaumes et cantiques

Trésors de la prière juive et chrétienne, les psaumes n'en demeurent pas moins des textes qui demandent parfois d'être apprivoisés. Cette chronique propose une initiation aux psaumes et à la prière avec les psaumes.