
(K. Mitch Hodge / Unsplash)
Le Psaume 39 (38), en quête d’espérance
Jean Grou | 28 septembre 2026
Lire le psaume (version liturgique)
Le Psaume 39 (38) pourrait entrer dans la catégorie des « mal-aimés » puisqu’il ne figure nulle part dans le Lectionnaire de l’Église catholique romaine. Pas plus d’ailleurs que le Psaume 38 (37), qui est presque son jumeau. Leur absence s’explique peut-être par leur propos assez peu réjouissant. Ils ne sont pourtant pas dénués d’intérêt.
Ce psaume nous fait pénétrer dans l’intimité d’une personne blessée par la vie, qui réfléchit sur le sens de ses souffrances. Il présente des liens évidents avec le livre de Job, surtout le chapitre 7. Plus généralement, son auteur exprime son désarroi devant le caractère éphémère et fragile de la vie humaine. Il ne donne cependant pas d’indice clair quant à l’expérience douloureuse qui pèse sur ses épaules. Il nous laisse ainsi le loisir de faire une association avec ce que nous pouvons éprouver nous-mêmes un jour ou l’autre.
Du silence à la parole
Dans les premiers versets (v. 2-4), l’auteur laisse entendre que, longtemps, il a gardé le silence malgré la souffrance. Il croyait peut-être que parler jetterait de l’huile sur le feu. Mais, à bout de patience, il a craqué : « J'ai laissé parler ma langue. » (v. 4)
Et de fait, dès le verset suivant, il s’adresse directement à Dieu, l’interpellant sur la condition mortelle de l’être humain. Il le met même au défi de lui révéler ce que l’on appellerait aujourd’hui son espérance de vie : « Fais-moi connaître ma fin, quel est le nombre de mes jours. » (v. 5) Sur un ton qui frôle le reproche, il exhorte le Seigneur à reconnaître la brièveté de ses jours, en contraste frappant avec l’éternité divine : «Ma durée n'est rien devant toi. » (v. 6)
Espérer, malgré tout
Cela dit, le psalmiste ne sombre pas dans le désespoir ; il reconnaît en qui il peut mettre toute sa confiance : « Maintenant, que puis-je attendre, Seigneur? Elle est en toi, mon espérance. » (v. 8) Avec humilité, il reconnaît ses torts et demande le soutien de Dieu pour l’empêcher de blasphémer, de l’accuser d’être responsable de ses malheurs (v. 9). Résigné, il accepte de se taire et admet qu’il est dépassé par les événements, que le Seigneur agit parfois à l’encontre de la logique humaine : « Je me suis tu, je n’ouvre pas la bouche, car c'est toi qui es à l'œuvre. » (v. 10)
Propos troublants…
Les versets suivants ont certainement de quoi nous laisser perplexes. En effet, ils suggèrent que Dieu éduque les êtres humains en usant de violence : « Éloigne de moi tes coups : je succombe sous ta main qui me frappe. » (v. 11) Une bonne fessée, quoi! Au premier degré, ces propos nous paraissent inacceptables. Mais il faut garder à l’esprit qu’ils sont le reflet d’un contexte socioculturel où il était normal, et même recommandé, d’agir ainsi à l’endroit de sa progéniture. Heureusement nous n’en sommes plus là, aussi bien sur le plan de l’éducation des enfants que de l’image de la relation entre Dieu et ses créatures!
Conclusion aigre-douce
La conclusion (v. 13-14) peut nous laisser un goût aigre-doux. En effet, le psalmiste se tourne d’abord vers Dieu et le supplie d’entendre son cri, de se laisser toucher par ses pleurs (v. 13). Mais il ajoute tout de suite après : « Détourne de moi tes yeux » (v. 14). Pourquoi donc? Il donne l’impression que le Seigneur n’a pas fini de le châtier et le supplie de le laisser tranquille. Manifestement, au terme de sa prière, son cœur et son esprit ne semblent pas apaisés.
Une telle conclusion peut nous laisser sur une impression d’inachèvement. Dans la plupart des autres psaumes, après une série de plaintes ou de lamentations, vient un moment où la confiance refait surface et où la lumière chasse les ténèbres. Mais ici, rien de tel. S’agirait-il d’un échec dans la relation avec Dieu? On peut plutôt y déceler une expérience pratiquement universelle d’une stérilité plus ou moins étendue dans le temps sur le plan spirituel. Combien de saints et de mystiques ont traversé ce qu’ils appelaient parfois « la nuit de la foi ».
Ce psaume nous renvoie donc à une réalité qui peut nous frapper à tout instant : l’impression d’un cul-de-sac dont on ne parviendra jamais à sortir. Il faut donc garder à l’esprit qu’un telle prière ne constitue par un aboutissement mais plutôt un passage, une étape à traverser, sans doute pénible, mais qui n’est pas le dernier mot.
Jean Grou est bibliste et rédacteur en chef de Vie liturgique et Prions en Église.
