
(RedTigerK / Unplsah)
Revisiter nos liens familiaux : Hagar, Sara et Abraham
Hélène Pinard | 12 octobre 2026
Les textes de la Bible deviennent bien réels quand on les imprime dans le corps par le récitatif biblique. Ainsi, l’histoire d’Hagar, servante de Sara et génitrice d’Ismaël avec Abraham, a touché profondément les participantes du dernier ressourcement d’été.
Lire Genèse 21, 14-21
Qui est Hagar?
On retrouve son histoire dans les chapitres 16 et 21 du livre de la Genèse. Servante égyptienne de Sara, elle est désignée par cette dernière pour assurer la descendance d’Abraham. Ce stratagème bien connu dans l’Orient ancien est le moyen imaginé par Sara, âgée et stérile, pour accomplir la promesse de Dieu à Abraham. Hagar se retrouve donc enceinte, porteuse de la postérité déjà promise par Dieu (Gn 16,3-4).
Un conflit à prévoir
Quand Hagar se retrouve enceinte, elle commence à dédaigner sa maîtresse et les liens entre elles se dégradent, tellement que Hagar s’enfuit dans le désert pour échapper à la violence de Sara (Gn 16,6). Dieu entend le désespoir de Hagar et lui enjoint de retourner et de se soumettre à sa maîtresse (Gn 16,9).
Mais quand, quelques années plus tard naît Isaac, fils de Sara et Abraham, la rivalité surgit autour de l’héritage : Dieu va-t-il donner sa bénédiction à Ismaël, premier-né d’Abraham en reléguant Isaac au second rang? La solution humaine est de chasser Hagar et Ismaël loin d’Isaac.
Un désespoir croissant
Sara presse Abraham de chasser la servante et l’enfant (Gn 21,10). Abraham le fait en fidélité à Dieu qui lui demande de faire ce que sa femme exige. Il le fera mais en implorant Dieu pour l’avenir d’Ismaël, le fils aîné (21,11-12).
Genèse 21,14-21 [1] raconte le drame. Après un certain temps à errer dans les environs de Beer-Shev’a, Hagar n’en peut plus. Sans pain ni eau, elle jette l’enfant sous un buisson et s’assit à distance, vis-à-vis pour ne pas le voir mourir (v. 15) Drame d’une mère qui n’entrevoit plus d’issue à une situation désespérante. Geste violent, cri d’angoisse : qui répondra à l’appel au secours?
Tout en imprimant le récitatif en soi, des questions angoissantes surgissent dans le cœur des participantes, sans doute semblables à celles qui torturaient déjà Hagar. Une mère peut-elle abandonner ainsi un enfant ? Pourquoi apparemment Dieu ne répond-il pas à Hagar? Plusieurs ont retrouvé en elles la blessure de l’abandon.
Deux réponses de Dieu
Première réponse
« Dieu entendit la voix du garçon et du ciel, l’Ange de Dieu interpella Hagar … Lève-toi, relève le garçon, tiens-le fermement par la main, car je ferai de lui une grande nation. » (Gn 21,18)
Ah, cette façon de demander encore plus quand on a atteint le fond! Dieu s’occupe de l’enfant mais ne répond pas à Hagar, pourquoi? La situation devient humainement intolérable et il n’y a aucune solution apparente. Pourtant le Dieu d’Israël reprend une promesse déjà faite à Abraham (Gn 12,2 ; 17,4) et à Hagar (Gn 16,10). Encore aujourd’hui, les réponses de Dieu ne sont pas toujours celles attendues.
Deuxième réponse
Le texte se poursuit : « Dieu lui dessilla les yeux et elle vit un puits avec de l’eau, elle alla, remplit l’outre d’eau et fit boire le garçon. » (Gn 21,19)
Face au désespoir d’Hagar, ayant entendu sa voix et ses pleurs, Dieu ouvre un chemin de salut : un puits avec de l’eau, un de ces puits creusé par les bergers pour abreuver les bêtes dans les terres inhabitées (= désert) aux alentours du village de Beer-Shev’a.
Le courage revient. « Elle alla, remplit l’outre d’eau et fit boire le garçon » (Gn 21,19). Puis le texte enfile quelques courtes phrases pour laisser entrevoir l’avenir de cet enfant.
Deux auteurs dans le même texte
Pourquoi deux réponses différentes? Simplement parce qu’un auteur a repris le texte en ajoutant un élément nouveau important. En général, celui qui écrit en deuxième insère son addition avant. Un exemple connu : Genèse 1, la grande histoire de la création servant d’introduction à la Bible, a été écrite plusieurs années après celle du chapitre 2, dans une situation historique très différente de celle du premier auteur.
En Genèse 21, Dieu répond à la prière et aux pleurs d’Hagar en lui dessillant les yeux : « et elle vit un puits avec de l’eau ». (Gn 21,19) On ne peut éviter de rappeler ici la première expérience de Dieu faite par Hagar : « Dieu me voit »… (Gn 16,13)
La deuxième réponse vient d’abord et met l’accent sur la promesse de Dieu faite à Abraham (Gn 17,4-6), à Hagar (Gn 16,10) et reprise ici : « je ferai de lui une grande nation » (Gn 21,18).
Et dans nos vies?
Ismaël et Issac sont donc tous les deux héritiers de la Promesse faite à Abraham. Peut-on en conclure que ce Dieu de l’Ancien Testament est fidèle et donne en surabondance à qui se tourne vers lui et ose la confiance malgré les obstacles en apparence insurmontables?
Ce récitatif biblique a eu un impact important sur plusieurs participantes. Certaines souffrances relationnelles ont remonté à la mémoire du cœur. À leur tour, chacune a crié vers le Seigneur et a pu entreprendre un chemin de guérison suite à la libération de la parole humaine, suite à la Parole de Dieu reçue dans leur propre terre, dans leur propre histoire.
Hélène Pinard, FCSCJ, est bibliste et transmetteure de l’Association canadienne du récitatif biblique.
[1] Toutes les références bibliques de cette péricope citées ci-après proviennent d’une traduction par Hélène Pinard (FCSCJ), 2026.
