
Saint Matthieu et l’Ange. Barent Fabritius, 1656.
Huile sur toile, 76,9 x 63,9 cm. Musée des beaux-arts de Montréal (Wikimedia).
3. Mission des Douze et accueil de l’Évangile
Elianne Ambombo | 13 avril 2026
Lire Matthieu 10-12
Après avoir tracé, dans le Sermon sur la montagne, le chemin du véritable bonheur, celui qui fait accéder au Royaume des cieux, Jésus appelle ses disciples à prendre part à la construction de ce Royaume. Mt 10 marque un tournant : ce qui a été entendu doit désormais être proclamé et vécu au grand jour. « Ayant appelé ses douze disciples, il leur donna autorité sur les esprits impurs pour les chasser et pour guérir toute maladie et toute infirmité. » (10,1) La bonne nouvelle du Royaume des cieux se transmet, et sa transmission passe par l’envoi en mission.
Aussi Matthieu dresse-t-il la liste des Douze préposés à cette mission : des hommes ordinaires, pêcheurs pour la plupart, sans prestige particulier. Jésus les envoie deux par deux, sans bourse ni besace, afin qu’ils s’en remettent totalement à la providence du Père : « Proclamez que le Royaume des cieux s’est approché. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. » (10,7-8) Annoncer et agir vont de pair : les mots et les gestes doivent attester ensemble de la proximité de Dieu.
Les apôtres sont cependant prévenus que la mission ne sera pas sans épreuves. Jésus leur parle de persécutions, de divisions au sein même des familles, d’hostilité parfois violente, et le bonheur promis aux persécutés à cause de la justice est ravivé dans la pensée du lecteur/de la lectrice (Mt 5,11-12). Il encourage ses disciples à la confiance : « N’ayez pas peur » (Mt 10,26) revient à plusieurs reprises. La parole doit être franche et libre, habitée par l’Esprit. Déjà, la croix se profile derrière l’annonce.
Les chapitres 11 et 12 mettent le lecteur/la lectrice de Matthieu face à la mission confrontée au terrain. Jean-Baptiste, depuis sa prison, envoie des messagers demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » (11,3). Même le précurseur [1] hésite devant la manière déroutante dont Jésus agit. Jésus répond en listant ses œuvres : les aveugles voient, les boiteux marchent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Encore une fois, le dire se crédibilise par le faire, et inversement le faire tire son sens de la parole qui l’habite.
Mais la réception de l’Évangile reste contrastée. Jésus déplore l’incrédulité des villes de Galilée qui ont pourtant vu ses miracles. Les controverses autour du sabbat (12,1-14) manifestent la résistance des autorités religieuses. La mission confiée aux Douze rencontre donc louanges, curiosité, mais aussi rejet et opposition. C’est déjà l’expérience que connaîtra l’Église : proclamer le Royaume, c’est aussi accepter d’être incompris.
Ce deuxième grand ensemble de l’Évangile révèle ainsi une dynamique missionnaire : la Parole ne peut rester confinée. Le Royaume des cieux progresse à travers des témoins fragiles mais, formés par Jésus, habités l’Esprit de Dieu. Le Seigneur confie son œuvre à des hommes et des femmes ordinaires, pour que le monde voit et entende, dans leurs gestes et leurs mots, que le Royaume s’est approché.
Elianne Ambombo est docteure en théologie (Bible, Nouveau Testament). Elle a fait l’ensemble de ses études universitaires, du premier au troisième cycle, à l’Institut catholique de Paris, où elle est actuellement chargée d’enseignement.
[1] NDLR : Jean le Baptiste est souvent appelé le « précurseur ». Il est perçu comme un prophète qui précède Jésus et qui pave la voie au ministère du Christ.
