Saint Matthieu et l’Ange. Karel van der Pluym, circa 1660.
Huile sur toile, 106,7 x 108 cm. Musée d’art de Caroline du Nord, Raleigh (Wikipédia).

6. L’accomplissement du Royaume

Elianne AmbomboElianne Ambombo | 8 juin 2026

Lire Matthieu 23-28

Son enseignement sur la vie communautaire achevé, Jésus conduit ses disciples vers l’horizon ultime : la pleine venue du Royaume (Mt 24‑25). À Jérusalem, la tension monte (24,1‑3), son dernier grand discours, communément appelé « discours eschatologique » (Mt 24‑25), mêle des paroles à la fois radicales, dures, et pleines d’espérance. Il faut à présent se préparer à la rencontre décisive avec Dieu à la fin des temps ; il n’est plus question de fraternité (25,31‑46).

Cet enseignement ultime est précédé par Mt 23, qui ouvre une séquence particulière : des reproches adressés aux chefs religieux. Jésus dénonce l’hypocrisie, l’orgueil et l’obsession des apparences. Ces invectives avertissent sur l’impossibilité de confondre le Royaume avec une religion de façade. Dieu cherche la justice et la miséricorde, pas des rites vidés de leur sens. Ces paroles virulentes mettent en lumière ce qui compte vraiment : une vie authentique et vraie devant Dieu.

Une fois ainsi dénoncées les dérives d’une religion qui se replie sur les apparences, le discours de Jésus s’élargit. Il conduit désormais ses auditeurs vers l’horizon ultime de l’histoire et de la rencontre avec Dieu. Jésus annonce la ruine du Temple et décrit les signes des temps : guerres, persécutions, fausses espérances. Mais il insiste sur l’importance de ne pas céder à la peur et de rester vigilant (24,1‑51).

Pour illustrer cette vigilance et la préparation au Royaume, Jésus propose plusieurs paraboles (25,1‑46). Les dix jeunes filles qui attendent l’époux (25,1‑13) rappellent de garder la foi vivante et d’être prêts. La parabole des talents (25,14‑30) insiste sur l’importance de faire fructifier les dons reçus. Enfin, le jugement des nations, où les « brebis » sont séparées des « boucs » (25,31‑46), montre ce qui est finalement capital dans la vie du disciple : reconnaître le Christ dans les plus petits (l’affamé, l’étranger, le malade, le prisonnier). Jésus montre à travers ces paraboles, que le Royaume se construit dans nos gestes quotidiens : veiller, agir avec responsabilité et accueillir ceux qui sont dans le besoin. Il ne s’agit pas de performance religieuse, mais de la cohérence d’une vie transformée à travers la relation au Seigneur.

À peine ce discours achevé, Matthieu poursuit avec le récit de la Passion (Mt 26‑27) qui constitue l’ultime illustration du lien entre dire et faire. L’onction à Béthanie annonce son ensevelissement (26,6‑13), tandis que le dernier repas avec les disciples scelle la nouvelle Alliance (26,17‑30). Sa prière confiante apparait dans la manière dont il accueille l’épreuve de Gethsémani (26,36‑46), et si l’arrestation, le procès et la crucifixion ressemblent à tous points de vue à une défaite, la Résurrection du troisième jour manifeste la victoire sur la mort (28,1‑10).

Ainsi, le Christ vit jusqu’au bout ce qu’il demande à ses disciples : le dire et le faire se déploient pleinement. L’appel à préférer le service au désir de dominer (20,26-28) s’accomplit dans le don total de soi au dernier repas (26,26-29 [1]). La fidélité jusqu’à la fin, demandée aux disciples (10,22 ; 24,13), prend corps dans sa prière confiante à Gethsémani (26,39) ; le pardon des ennemis, au cœur du Sermon sur la montagne (5,38-44), se manifeste lorsqu’il accepte silencieusement la croix, sans aucune résistance ni violence (27,46).

Par sa mort et sa résurrection, Jésus accomplit la promesse du Royaume annoncée dès le début de l’Évangile (4,17) et envoie ses disciples en mission avec l’assurance de sa présence jusqu’à la fin des temps (28,1-10.19-20).

Ainsi s’achève le récit matthéen : cinq grands discours, accompagnés chacun d’actions qui leur donnent corps, conduisent le lecteur/la lectrice du premier enseignement sur la montagne jusqu’à la lumière de Pâques. Le Royaume s’y déploie dans l’unité du dire et du faire, prenant vie au fil de l’histoire jusqu’à la victoire du Christ ressuscité.

Elianne Ambombo est docteure en théologie (Bible, Nouveau Testament). Elle a fait l’ensemble de ses études universitaires, du premier au troisième cycle, à l’Institut catholique de Paris, où elle est actuellement chargée d’enseignement.

[1] Le geste symbolique du lavement des pieds, raconté en Jean 13, précise de manière plus claire cet appel à être des serviteurs.

Comprendre la Bible

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Vous éprouvez des difficultés dans votre lecture des Écritures? Le sens de certains mots vous échappent? Cette section répond à des questions que nous posent les internautes. Cette chronique vise une meilleure compréhension de la Bible en tenant compte de ses dimensions culturelle et historique.