
L’Homme de douleurs. Albrecht Dürer, 1493. Huile sur panneau, 30 x 19 cm.
Galerie d’art de l’État de Karlsruhe en Allemagne (Wikipédia)
Isaïe 50 et Philippiens 2
Léo Laberge | Dimanche des rameaux et de la Passion (A) – 29 mars 2026
La passion : Matthieu 26, 14 – 27, 66
Les lectures : Isaïe 50, 4-7 ; Psaume 21 (22) ; Philippiens 2, 6-11
Les citations bibliques sont tirées de la Traduction liturgique officielle.
Ce texte, qui provient des archives du Feuillet biblique, est un complément au commentaire de l’Évangile proposé par Odette Mainville.
Première lecture : Isaïe 50, 4-7
Dieu a glorifié son serviteur Jésus
Au livre des Actes des Apôtres, on rapporte que Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière, lorsqu’un infirme leur fut présenté. Au nom de Jésus Christ, il fut guéri. À l’étonnement de la foule, Pierre répond en prêchant le Christ ressuscité : Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son Serviteur Jésus que vous, vous aviez livré et que vous aviez rejeté en présence de Pilate (Actes 3,13, TOB). Dans le Nouveau Testament, seul le livre des Actes emploie ce terme de Serviteur de Dieu, pour désigner Jésus. Le Saint, le Juste, le Prince de la vie, voilà d’autres termes dont se servaient les premiers chrétiens pour désigner le Christ.
En relisant l’Ancien Testament, les premiers chrétiens ne pouvaient s’empêcher de reconnaître Jésus en ce Serviteur de Yahvé dont parlait Isaïe. Le prophète de l’exil (auteur des ch. 40-55) ne voyait pas aussi clairement que nous, bien entendu, comment s’accomplirait la parfaite réalisation du salut, pour toutes les nations. Mais, l’image du Serviteur docile, du Serviteur prophète, du Serviteur souffrant, était bien faite pour permettre aux chrétiens de voir que, dans le plan de Dieu, le Serviteur de Yahvé, annoncé dans Isaïe, celui qui a porté nos souffrances, est bien le Christ, notre Sauveur. Saint Matthieu, à propos des guérisons multiples faites par Jésus, cite Isaïe : pour que s’accomplisse ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : C’est lui qui a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies (Mt 8,17 ; voir Is 53,4).
Le Seigneur m’a ouvert l’oreille
Au ch. 50, le Serviteur se présente comme un disciple, celui qui écoute, qui apprend le message qu’il portera au nom de Dieu : pour porter la parole de Dieu, pour être prophète, il faut que le Serviteur écoute la Parole. Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire. Non pas pour lui seul, mais pour les autres, car il est serviteur : pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus (v. 4). Non seulement auditeur de la parole pour les cas où il devra la répéter, le Serviteur devient disciple qui est éveillé chaque jour par la Parole. Parfait disciple, exemple d’obéissance, le Serviteur peut dire : Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé (v. 5). L’initiative vient de Dieu : le disciple peut écouter et comprendre, car Dieu a agi. Écouter, obéir : les deux verbes s’appellent l’un l’autre. À la grâce de l’appel que Dieu nous adresse répond la grâce d’agir selon l’appel de Dieu.
Le Christ nous a montré le chemin de la Vie, qui passe par la souffrance et la mort pour arriver à la gloire de la résurrection. C’est aussi par l’épreuve de l’exil que le peuple choisi est passé pour pouvoir retrouver la Patrie qu’il avait perdue. Avec le Christ, Serviteur souffrant, nous arriverons par le baptême dans sa mort à la gloire de la Vie qu’il nous donne.
Le Seigneur vient à mon secours
Le Serviteur obéissant, disciple fidèle, a accepté toutes les humiliations et les souffrances pour sauver son peuple, pour sauver l’humanité entière. Nous avons un Sauveur puissant. Le Seigneur Dieu vient à mon secours… je sais que je ne serai pas confondu (v. 7).
Deuxième lecture : Philippiens 2,6-11
Le Christ Jésus, Dieu et serviteur
Par son style et par ses expressions du reste de la lettre aux Philippiens, ce texte semble bien venir d’un hymne que les premiers chrétiens récitaient et que saint Paul a inséré dans sa lettre. Il exprime merveilleusement la foi au Christ Jésus qui de Dieu s’est fait homme, et que son obéissance jusqu’à la mort a conduit à la gloire de la résurrection, à la manifestation de sa divinité.
Malgré ses difficultés de lecture, ce texte montre bien comment, dès les débuts, les fidèles ont su exprimer la grandeur et la profondeur du mystère chrétien, en reprenant des textes de l’Ancien Testament. On doit noter ici le rapport de l’hymne de Philippiens au texte du Serviteur souffrant, dans Isaïe 52,13–53,12. Avec raison, la liturgie du Vendredi saint commence précisément par la lecture de cet extrait du livred’Isaïe. Le passage de la souffrance à la gloire, la description de l’humilité du Serviteur souffrant ont inspiré notre hymne. Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté (...) Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance (...) C’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé (...) Il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort.
Par son incarnation et par sa passion, le Christ s’est fait l’un de nous. Lui qui était dans la condition de Dieu (...) se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur (vv. 6-7). « Vrai Dieu, né du vrai Dieu », comme nous le récitons dans le Symbole de Nicée-Constantinople, … « pour nous, les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ».
Obéissant, jusqu’à mourir sur une croix
Si l’Incarnation constitue une première forme de dépouillement, l’obéissance jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (v. 8), fournit la preuve de la forme ultime du dépouillement de soi-même. Lorsque Dieu aime d’une telle façon, on peut croire au sérieux de son amour. Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé (Is 53,4). Cette obéissance du Serviteur, qui accepte d’obéir jusqu’à mourir sur une croix, nous fait tourner le regard vers le Christ, car c’est bien de la mort du Christ sur la croix qu’il est question, par cette précision ajoutée à l’hymne. Dans l’épître aux Romains, saint Paul proclame ainsi sa foi : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout? (Rm 8,31-32).
Jésus Christ est le Seigneur (v. 11)
Lui, le Fils de Dieu, qui s’est dépouillé en se faisant homme et en obéissant jusqu’à la mort sur la croix, Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms (v. 9). L’humiliation qui passe par l’élévation sur la croix conduit à la pleine manifestation de la gloire divine du Christ Jésus Seigneur. Sauveur de l’humanité, Jésus, le Christ, est élevé au-dessus de la création tout entière : aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux (v. 10). La gloire et le Nom de Jésus sont proclamés par tout l’univers, pour la gloire de Dieu le Père (v. 11). Notre célébration du mystère pascal ne s’arrête pas à la passion et à la mort ; elle proclame le Christ, Seigneur de gloire.
Léo Laberge était professeur d’exégèse à la Faculté de théologie de l’Université Saint-Paul. Ordonné prêtre en 1957, il est membre des Oblats de Marie immaculée (OMI).
Source : Le Feuillet biblique, no 2927. Première parution : Feuillet biblique 1227, 12 avril 1987. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l’autorisation écrite du site interBible.org.
